24 août 2005

Chercher le vent

image001Guillaume Vigneault

Boréal

267 pages

C’est l’histoire de la peine d’amour typique qui persiste malgré le temps, en fait, qui devient plus douloureuse, plus insistante à cause de ces moments de bonheur devenus de simples souvenirs poussiéreux. C’est Jacques Dubois, devenu fantôme de lui-même, mais hanté par sa vie avec Monica, qui mène ce roman. Il avait espéré bâtir quelque chose, mais tous ses projets se sont écroulés ce jour fatidique où un décès entraîna la mort de leur couple. Pourtant, ils ont duré un certain temps, même après cet évènement, leur amour était sous respirateur, on essayait en vain de le faire survivre, car cela ne pouvait continuer ainsi, un des deux devait décider de la fin. Ce fut Jacques, pour permettre à Monica de refaire sa vie, pour qu’il puisse pleurer la sienne, pour lui permettre de trouver un coupable, pour qu’ils puissent le haïr à deux.

Sa dépression le travaille, ne le quitte pas, grâce à ses souvenirs qui le persécutent et qu’ils laissent le dévorer vivant. Il s’est isolé au fin fond des bois, craignant l’humanité, la fuyant, mais elle est venue cogner à sa porte un beau jour sous les traits de Tristan, le frère de Monica. Celui-ci ne vaut sûrement pas mieux que lui, mais il l’enlève tout de même à sa petite vie rangée et isolée, à sa paix d’outre-tombe et à travers les routes qu’ils parcourront, Tristan désire le réconcilier avec son passé et la vie.

Puis vient Nuna, fille amplement désirable que Jacques ne doit pourtant pas désirer, en respect de Tristan qui baise avec elle, en respect de son deuil qu’il s’est infligé. La peine capitale, voilà ce qu’il s’est décrété, il s’est coupé de tout ce qu’il aimait, de tout ce qui faisait de lui Jacques Dubois, mais Tristan et Nuna essaieront de toutes les manières de le faire sortir de son isolement. Il devra toutefois continuer le chemin seul et qui sait, peut-être qu’au bout de la route l’attend le bonheur qu’il a fait fuir depuis déjà longtemps.

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Chercher le vent fait partie des classiques de ma bibliothèque, je ne suis pas du genre à relire mes livres, mais pour celui-ci je l'ai fais trois fois depuis le jour où, obligée de me le procurer pour la rentré des classes, car il figurait sur ma liste scolaire, je l’ai feuilleté dans le camion de mon père et n’ai pas pu m’arracher à sa lecture, il fallut que je sois complètement rassasié de lui. Cette peine qui dévore Jacques est si cruellement humaine, si véridique pour en avoir connu ne serait-ce que les prémices, que je ne peux faire autre chose que d’être touchée. J’ai toujours en tête ces lignes que j’ai beaucoup appréciées, prononcées par Tristan à propos de la douleur de Jack : << Il a besoin de se sentir unique notre Jack, sa souffrance est un grand cru, un millésime ! pas une peine commune … vulgaire, non, pas lui … […] Comme elle est belle, ta douleur, Jack ! Tu te surpasses ! […] Reste beau, Jack. Va te faire foutre. >> (pages 49 à 50). Chaque fois que je vois ce livre, je repense à cela et à d’autres lignes aussi mémorables que j’ai gravées à tout jamais dans ma mémoire.

Ce roman est bourré de bonnes choses, d’une humanité qui me touche et à la fois, il est bourré de défauts. On y retrouve beaucoup de cet humour typique aux jeunes écrivains québécois qu’est Guillaume Vigneault et que j’ai grandement aimé, mais aussi l’égoïsme de cette génération. Effectivement, il arrive que les paroles que Vigneault mis dans la bouche de Jacques sont si difficiles à comprendre qu’il semble écrire pour lui-même et sa seule compréhension. Peut-être qu’en étendant ainsi ses connaissances dans son roman, il nous lance au visage : << Regarder comme je suis intelligent ! >>, en tout cas, c’est ainsi que je l’ai perçu et s’était, pas besoin de le spécifier, très désagréable parfois. Mais je ne m’étendrai pas sur ce sujet, car ayant lu son premier roman Carnets de Naufrage je peux dire que Vigneault rentre dans la catégorie des bons auteurs, mais non des grands auteurs.

On peut aussi regretter le cliché des personnages et la froideur de certaines scènes, dont celle où Tristan couche avec Nuna qui m’a semblé totalement mécanique et dépourvu (gros inconvénient pour une scène de baise) de sensualité. Ce roman reste tout de même un de mes préférés et j’ai hâte de lire le suivant, si Guillaume Vigneault se remet à l’écriture bien entendu et s’il se trouve une nouvelle recette, car au bout de deux livres la sienne est épuisée. Je vous conseille grandement ce roman, car après les rires qu’il vous volera, peut-être découvrez-vous entre les lignes toute la puissance de la douleur humaine et une part de vous !

Autres livres de l'auteur :

- Carnets de naufrage (2000)

Posté par GeishaNellie à 10:35 - Littérature québécoise - Commentaires [0] - Permalien [#]
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