10 février 2007

Les fées ont soif

image001Denise Boucher

Intermède

157 pages

Les fées ont soif ne contient pas vraiment d’histoire, ou plutôt si, cette pièce de théâtre raconte l’histoire de toutes ces femmes, de toutes ces figures que peut arborer la féminité et qui sont le bijou des hommes qui les gardent jalousement sans jamais avoir de respect pour ce qu’elles sont véritablement. À bas ! l’image de la Sainte Vierge, devenue statue de marbre, fixée dans sa pureté blanche, ne connaissant jamais le rouge, figure millénaire destinée à n’être jamais touchée et qui représente cette peur abominable qui hante les hommes de ne pouvoir résister à leur démon. À bas ! l’image de la mère, devenue simple chose n’ayant le droit à aucun plaisir, à aucune petite pensée égoïste, qui inlassablement doit aimer ses enfants et son mari, ventre fertile destiné aux caresses, mais qui aucunement ne doit jouir de ces gestes. La guide de toutes les femmes présentes et à venir. À bas ! l’image de la putain, celle qui doit rassasier le démon de l’homme, de tous les hommes et qui doit y trouver un plaisir jouissif, femme désirable, ne revêtant jamais l’image de la mère, simple prostitué. Voilà les trois figures de la femme et dans chacune d’elle, aucune issue pour enfin devenir un individu à part entière et non pas seulement une vierge, une mère ou une putain.

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Cette édition des Fées ont soif présente à la fois une pièce de théâtre et le dossier de cette création. En effet, presque la moitié (et même plus) des 157 pages sont dédiés à toutes les coupures de presse qui ont pu être répertoriées sur le sujet de la censure qu’a subit cette pièce de Denise Boucher, car en 1978 le TNM se voyait supprimé 15 000 $ de subvention qui devait être donné pour cette pièce par le Conseil des arts de Montréal qui la considérait comme une véritable << merde >>. Si ces premières pages peuvent être longues et redondantes, ce qui les suit est bien mieux je puis vous l’assurer. Les paroles de Denise Boucher sont une véritable poésie !! Quoique parfois, je l’avoue, j’ai trouvé les rimes un peu enfantines, mais je me suis découvert un véritable attachement au personnage de la Statue.

<< Moi, je suis une image. Je suis un portrait

J’ai les deux pieds dans le plâtre.

Je suis la reine du néant. Je suis la porte

Sur le vide. >> (La Statue, p.91)

Car au fond, c’est ainsi qu’elles se sentent ces trois femmes, comme vidée d’elle-même, sans substance, une simple image d’elle-même sans exister réellement, car à force de les adorer, de les maltraiter, de les ignorer, on oublie que derrière la façon dont les hommes les perçoivent, il y a leur réelle existence. En fait, ces trois femmes, ne sont qu’une, elles représentent toutes ces facettes de la féminité que l’homme est incapable de réunir.

Il est en fait étrange de voir qu’une si belle pièce de théâtre, si bien écrite, n’ai pas survécu au temps, car elle est complètement oubliée, presque plus publiée, très dure à trouvée en librairie et elle n’est plus représentée non plus, comme le sont bien d’autre classique de notre culture. Pourtant, elle mérite amplement d’être lue et jouée cette pièce et qui sait, peut-être aurait-elle à nouveau le franc succès qu’elle a eu lors de sa première (voir les articles de journal à la fin de la pièce).

Autres extraits :

<< La Statue : Je suis l'Immaculée, dans toutes leurs conceptions.

Je suis la désarticulée dans toutes leur obsessions.

Les hommes ont peur de ce qui fleurit entre leurs jambes.

C'est pour ça qu'il te bat. C'est pour ça qu'ils m'ont inventée.

Quand ils avaient peur du vide, ils avaient déjà inventé Dieu. >> p.113

Autres livres de l'auteur :

- Une voyelle (2007)

- Jézabel (2003)

- Traversée en trois temps (2002)

- Un joint universel (2001)

- Tamano natural (2000)

- Grandeur nature (1993) nominé pour le Prix du Gouverneur général 1993

- etc.

Posté par GeishaNellie à 04:36 - Littérature de théâtre - Commentaires [0] - Permalien [#]
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