17 février 2008

L'immoraliste

l_immoraliste__pochette_André Gide (1869-1951)

Édition Mercure de France

181 pages

1990

Détail du Portait d'André Gide par Jacques-Émile Blanche

Lorsque les amis de Michel retrouvent celui-ci à sa demande après près de trois ans d'absence c'est un homme bien changé qu'il est devenu. De l'homme sérieux, puritain et convaincu qu'il était Michel est devenu un homme passionné, parfois d'un égoïsme frappant et malgré tout, toujours aimant, évitant les faibles et préférant les vils créatures des bas-fonds au plus noble de ses anciens amis. Dans les pages qui suivent, Michel leur explique comment ce changement c'est produit.  Après son mariage avec Marceline (qu'il a épousé pour faire plaisir à son père mourant), Michel tombe gravement malade lors de leur voyage de noce et frôle la mort. Peut-être en fait est-il vraiment mort, car l'homme qui se lève de son lit de tuberculeux est devenu tout autre que celui qu'avait épousé Marceline et cela n'est pas pour la déplaire, car il est tout d'abord si passionné que la jeune femme tombe enceinte, mais ses désirs de plus en plus pressant le pousse à un égoïsme tel que cela mettra en danger sa femme et ses richesses.

Commentaires etoile_105.gifetoile_105.gifetoile_105.gifetoile_105.gif

En tout premier lieu, l'écriture de Gide est vraiment magnifique, il nous rappelle la qualité d'écriture des écrivains anglais romantiques (mais ses propos n'ont rien à voir avec ceux-ci). Étrangement, le changement que l'auteur a fait vivre à son personnage m'est tout à fait connu et c'est peut-être pour cette raison que ce livre m'a si touché. Je comprends qu'après une expérience bouleversante on ne peut plus être la même personne, l'on a besoin de faire plus, de vivre plus et c'est exactement ce que Michel recherche : vivre intensément, malheureusement pour lui cela implique beaucoup de discriminations et un amour indicible de Gide_2personnages louches.

J'ai été étonné d'apprendre que André Gide était exactement comme son personnage, dans le sens où il désirait vivre sa vie à fond de train et ne pas se laisse abîmer dans le puritanisme qu'on lui avait enseigné. Gide en écrivant ce livre voulait donc sûrement nous faire partager ses visions de la vie, mais cela est bien triste, car comme il le savait lui-même, ce personnage est devenu antipathique pour beaucoup (y comprenant moi, même si je me laisse un bémol).

<< Que si j'avais donné mon héros pour exemple, il faut convenir que j'aurais bien mal réussi ; les quelquesGide rares qui voulurent bien s'intéresser à l'aventure de Michel, ce fut pour le honnir de toute la force de leur bonté. Je n'avais pas en vain orné de tant de vertus Marceline ; on ne pardonnait pas à Michel de ne pas la préférer à soi. >> Préface p.9. 

Toutefois, même si Michel devient au fur et à mesure que l'histoire progresse et nous est dévoilé, un antihéros qui nous révoltera bien souvent contre ses agissements égoïstes et irresponsables, on ne peut s'empêcher de voir toute la qualité que recèle l'histoire et l'auteur qui l'a écrite. On ne peut que frissonner devant le vent froid que nous décrit Gide ou s'émerveiller de la beauté des hommes des bas-fonds que Michel rencontre dans ses escapades nocturnes (à noter que Gide lui-même était gai et à du se batte contre son enseignement puritain avant de pouvoir se l'avouer). J'accorde donc une bonne main d'applaudissement pour cet auteur que je relirai sans doute et pour ces efforts afin de nous faire connaître un autre côté de la perception de la vie que nous ne pouvons peut-être pas tous voir.

André Gide a reçut le Prix Nobel de Littérature en 1947.

Extrait du livre

<< J'imaginais cet enfant de quinze ans, sourdement excité par les Goths, se révolter contre sa mère Amalasonthe, regimber contre son éducation latine, rejeter la culture comme un cheval entier fait d'un harnais gênant, et, préférant la société des Goths impolicés à celle du trop vieux et sage Cassidore, goûter quelques années, avec de rudes favoris de son âge, une vie violente, voluptueuse et débridée, pour mourir à dix-huit ans, tout gâté, soûlé de débauches. Je retrouvais dans ce tragique élan vers un état plus sauvage et intact quelque chose de ce que Marceline appelait en souriant << ma crise >>. >> p.78

Autres livres de l'auteur

- Les nourritures terrestres (1897)
- La symphonie pastorale (1919)
- Les Faux-monnayeurs (1925)
- Les caves du Vatican (1948)

Lu pour le Challenge ABC 2008

Posté par GeishaNellie à 15:59 - Littérature française - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

dentelle


Commentaires sur L'immoraliste

Nouveau commentaire