28 octobre 2008

Qui touche à mon corps je le tue

Qui_touche___mon_corps_je_le_tue__pochette_Valentine Goby (1974-)

Édition Gallimard

135 pages

2008

L'histoire de trois personnages s'entremêlent dans ce roman. Celle de Lucie L. femme bien mariée, mais qui ne désire aucunement porter l'enfant de son époux et dont elle avorte.

Celle de Marie G. qui, pour son bonheur et celui de ses enfants est devenue une avorteuse et dont l'argent lui a assurée la tranquillité d'esprit. Du moins jusqu'ici, car on la retrouve dans sa cellule à quelques jours de son exécution.

Et finalement, celle de Henri D. l'exécuteur publique. C'est lui qui a été désigné afin de guillotiner Marie G.

Trois histoires de souffrances qui tournent autour de l'amour de l'autre, de soi-même, de sa progéniture et de la figure maternelle qui régit tout dans la vie d'un enfant. Mais surtout, de l'amour, de la passion et de la jouissance baignée dans une souffrance atroce.

Commentaires etoile_105.gifetoile_105.gifetoile_105.gifetoile_105.gif

Je m'attendais à un tout autre roman en ouvrant celui-ci quelque chose d'un peu plus ... d'accord d'accord je l'avoue ... érotique. Toutefois, je n'ai pas du tout été déçue par ce roman même s'il est vrai qu'il n'est pas exactement mon genre (en temps normal, car maintenant que j'ai un homme que j'aime dans mes bras tout cela a avivé mon désir d'avoir des enfants), même si parfois les phrases peuvent être tordues, l'auteur sait nous ensorceler. Elle nous fait vivre l'amour et la souffrance qui anime ses personnages avec un tel talent que leurs histoires nous frappent avec force.

On ne peut qu'être touché par ces trois personnages qui, n'ayant jamais rêvé d'une vie extraordinaire et horsgoby_zoom du commun on toutefois des attentes, quelques unes seront brisées au cours de ce roman, d'autres avivées. Trois vies bien communes, mais qui dérapent, qui vont déraper, qui aurait dû déraper. Comment expliquer à une mère aimante qu'elle doit mourir pour avoir fait ce que d'autres mères attendaient d'elle. Comment détester ce bourreau qui sait qu'il devrait être mort, car il prend sur lui la responsabilité de la mort de sa mère, de la seule femme qu'il ai aimé et de son fils unique et adoré. Et puis, que dire de Lucie L. qui, sans détester son mari, tout en sachant que s'est un homme bon, ne peut lui donner d'enfant, car elle sait qu'il n'est pas l'homme de sa vie et que seul celui-ci pourra toucher aussi profondément son corps.

Tellement d'amour dans ces quelques pages, on ne peut qu'en être bouleversé.

Voir les critiques d'autres bloggeuses : Sel et Lou.   

Extrait :

<< Je sais ce qui aurait sauvé ma mère, ce qui m'aurait sauvée, moi, Lucie L., m'aurait affranchie de sa peau, de la nécessité d'être elle, de lui appartenir, de la prolonger, ce qui nous aurait libérées l'une de l'autre nous aurait dessinées séparées mise au monde, je sais, maintenant. Qu'un homme la prenne, me prenne, entière, la peau, le dedans le dehors, les nerfs, le sang les cavités les creux les bosses, les trous noirs, la lumière dans le ventre les pupilles, tout ça serré dans une étreinte totale, qu'on la tienne fort sans que rien dépasse qu'on l'embrasse qu'on la presse qu'on la lèche, qu'on la suce et qu'elle jouisse à pleurer, qu'on l'épluche, patiemment, couche après couche, qu'on la délivre des j'ai peur, des je ne peux pas, il ne faut pas, je ne sais pas, des peut-être, du bien, du mal, des bonnes intentions, des craintes de mal faire, de la morale bourgeoise, qu'on lui plaque une main sur la bouche et qu'on noue ses poignets, tais-toi, qu'on la force à jeter une à une toutes les chairs artificielles superposées depuis l'enfance et dans lesquelles elle s'est perdue, où je me perds, invisible, inconnue à moi-même, qu'un homme arrache toutes les peaux mortes et qu'il la trouve recroquevillée dessous, lave brûlante, me trouve, [...] >> p. 106

Ah, de la vraie poésie ! 

Autres livres de l'auteur : 

- L'échappée (2007)
- Petite éloge des grandes villes (2007)
- L'antilope blanche (2005)
- Sept jours (2003)
- La note sensible (2002)

Posté par GeishaNellie à 18:12 - Littérature française - Commentaires [1] - Permalien [#]

dentelle


Commentaires sur Qui touche à mon corps je le tue

  • J'aime beaucoup cette auteure pour l'avoir découverte avec "La note sensible" que j'ai adoré, ainsi que "L'échappée", alors j'espère pouvoir très bientôt lire celui-ci !

    Posté par Florinette, 29 octobre 2008 à 06:54 | | Répondre
Nouveau commentaire