11 mai 2011

La nuit des temps

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2/8 du défi de la PAL urgente de Leiloona.

 


la-nuit-des-temps

René Barjavel

 

Presses de la Cité

 

1993

 

380 pages

Lors d’une mission française des plus banales dans l’Antarctique, un groupe de scientifique découvre un signal enfoui sous des kilomètres de glace. Les pays s’unissent afin de creuser la glace jusqu’à l’appareil, mais ce qu’il trouve est bien plus important. Dans la calotte glacière se trouve les ruines d’une civilisation vieille de 900 000 ans ! Parmi ses ruines se trouvent un abri tout en or et dans celui-ci, un Oeuf. Celui-ci contient un homme et une femme tous deux endormis.

Les scientifiques mettent en commun leur connaissance afin de réveiller tout d’abord la femme : Eléa. La jeune femme, hanté par le souvenir de l’amour de sa vie, Païkan, leur dévoilera malgré tout ses souvenirs. Ainsi, les hommes découvrent une société bien plus évoluée que la leur. Mais qu’est-il arrivé à ce monde ? Et est-il encore possible de s’approprier leur avancée technologique ? Cela semblerait possible, car Coban, l’homme endormi aux côtés d’Eléa est, semble-t-il le plus grand génie de tous. Mais ces découvertes attiseront quelques tensions.

4coeurs copy Comme le précédent livre dont j’ai fait un billet, ce livre est aussi une découverte dans la bibliothèque de mon amie qui m’a invité à y piger comme bon me semble. J’avais déjà précédemment connu cet auteur grâce à son premier livre d’anticipation : Ravage et j’avais …  simplement adoré. Je m’étais juré de lire autre chose de Barjavel, m’y voilà donc rendu ! Je sais que ce roman a déjà fait pas mal le tour de la blogosphère, mais pour ma part il s’agit d’une nouvelle révélation tout comme l’a été Ravage avant lui. C’est aussi une nouvelle raison de croire qu’entre Barjavel et moi cela peut devenir l’amour Clignement d'œil malgré quelques accrochages dont je vous parlerai plus tard.

Tout d’abord, ce livre m’est apparu comme un dur reflet de notre société où seul le profit compte et où le public (nous, très cher) somme complètement désillusionné et blasé des nouvelles internationales. Ce roman a été écrit dans les années 60 et il est par moment, inspiré des évènement qui se déroulaient autour de l’auteur. Prenons l’exemple des révolutions estudiantines que Barjavel fait naître dans Gondawa, le monde tranquille d’Eléa, elles sont l’image de celles qui se passa à San Francisco. C’est toutefois avec une certaine ironie qu’il déverse ces étudiants nus criant << Pao ! Pao ! >> dans les rues de Gondawa.

Pour ce qui est du monde actuel, celui dans lequel l’histoire évolue (malgré le récit parallèle d’Eléa), il finit par nous devenir choquant de voir cette civilisation si fière, si arrogante face à ses avancées technologiques et qui malheureusement, nous représente tous. J’ai donc eu tôt fait de mettre de côté certains passages. Je lisais les parties qui concernaient les avancées de la réanimation de Coban et des tensions internationales, mais je n’avais qu’un seul désir : retrouvé Païkan et Eléa, Eléa et Simon.

Oui, il est vrai qu’il s’agit du classique triangle amoureux, … mais au final j’aime tellement ça les histoires d’amours ! Oui, je sais je suis une vraie fille Clignement d'œil . Mais il faut dire que le lien qui unit les Gondas est bien différent des sentiments que nous même éprouvons pour notre conjoint, conjointe. Les Gondas sont comme des clés. Des clés brisées en deux et dès leur jeune âge, l’ordinateur retrouve les deux moitiés du même tout et unit les deux enfants. Ils seront dès lors élevés ensembles et ne se quitteront plus. Tout dépendant de la perfection de ce choix, ces couples peuvent se séparer, vivre des hauts et des bas, s’aimer toute la vie ou même, avoir pour l’un et l’autre un sentiment si fort qu’il n’entre même pas dans la précédente catégorie. C’est ainsi qu’Eléa aime Païkan et c’est pour ça qu’Eléa est a Païkan et que Païkan est à Eléa. Face à ça, comment peut réagir Simon ? À côté de ce couple, l’amour de Simon est dérisoire et futile, mais pourtant il aime Eléa autant que nous pouvons aimé. Il y a d’ailleurs un passage fort émouvant entre-eux qui m’a fait verser quelques larmes dans le café où je lisais.

En racontant son histoire, Eléa nous raconte aussi la nôtre et celui de plusieurs autres ethnies. Nous découvrons pourquoi certains ont la peau blanche, d’autre la peau noire et encore, d’autres jaunes avec les yeux bridés. J’ai toutefois peut apprécier la catégorisation de ces peuples (donc de nos propres ethnies), eux sont les gentils, eux sont des méchants et les autres, ba ! vous voulez pas savoir. C’était quelque peu facile et même plutôt désobligeant ! Cela se voit aussi beaucoup chez l’un des seuls membres de l’expédition qui soit d’origine russe, elle est vite affublée de toutes les insultes que l’on peut donner à quelqu’un qui vit dans l’ancienne URSS communiste. Bien entendu, elle s’en donne aussi à coeur joie, mais cette inimitié entre capitaliste et communiste est plutôt ridicule, malapropos et surtout injuste face à la Russe qui, je trouve, s’en prend plein la gueule des jokes de Hoover. SPOILER Oui, je sais que les deux finiront ensemble et ils forment, d’ailleurs un couple qui me plaît beaucoup, mais je n’ai pas apprécié les remarques anti-communistes qui fleurissent le long de la lecture. Et puis, quant à parler de désobligeance, je peux dès maintenant vous parler de ma crotte au coeur. Il s’agit de la façon dont les femmes sont perçues dans le récit.

<< Et au centre [de l’abri], je placerai un homme et une femme. L’ordinateur a choisi cinq femmes, pour leur équilibre psychique et physique, pour leur santé et leur parfaite beauté. […] L’Ordinateur a choisi les femmes pour leur beauté et leur santé, et bien entendu aussi pour leur intelligence. Il a choisi les hommes pour leur santé et leur intelligence, mais avant tout pour leurs connaissances. >> p.234-236

J’ai vraiment eu un petit tic en lisant ceci, car pour quelles raisons la femme ne pourrait pas être légale de l’homme. D’ailleurs, les individus trop intelligents ne peuvent avoir de partenaires désignés en Gondawa, car ils n’ont pas de moitié. Il aurait très bien pu mettre un homme et une femme non-désigné ensemble et repeupler le monde avec des tis-Jo-connaissant. Pourquoi la femme doit-elle absolument être d’une grande beauté ?? Bref, vous voyez où le bât blesse.

Malgré tout, j’ai adoré ma lecture et c’est un livre que je vais remettre à mon amie avec un gros sourire en lui disant << faut que tu l’lises ! >>. Eh oui, il n’y a pas que les bloggueuses qui ont une PAL. Sérieusement, pendant le temps de ma lecture j’ai été plongé dans un monde extraordinaire où tout ce qui avait été détruit dans els précédentes guerres avaient été recrées afin de faire revivre la diversité de la faune et la flore. Finalement, je me serais bien vu à la place d’Eléa en galopant sur un cheval bleu !

<< Les vieux savants et même les plus jeunes, les hommes, et les quelques femmes, parmi eux, se soulageaient en gesticulations et à grands cris de la gêne qu’ils éprouvaient à se retrouver entre eux, à se regarder les uns les autres, après avoir entendu et vu ensemble sur l’écran les scènes les plus intimes évoquées par la mémoire d’Eléa. Ils affectaient de n’y attacher aucune importance, d’être blasés, de les considérer dans un pur esprit scientifique, ou d’en plaisanter, Mais chacun en était bouleversé profondément dans son esprit et dans sa chair et, en se retrouvant tout à coup dans le monde d’aujourd’hui, il n’osait plus regarder son voisin qui, lui-même, détournait les yeux. Ils avaient honte. Honte de leur pudeur et honte de leur honte. La merveilleuse, la totale innocence d’Eléa leur montrait à quel point la civilisation chrétienne avait – depuis saint Paul et non depuis le Christ - perverti en les condamnant les joies les plus belles que Dieu ait données à l’homme. Ils se sentaient tous, même les plus jeunes, pareils à de petits vieillards salaces, impuissants et voyeurs.  >> p.302-303

<< – Eléa, Eléa, mon amour … reviens du mal … reviens de la douleur … reviens, la vie est là, je t’aime … tu es belle, rien n’est aussi beau que toi … l’enfant nu, le nuage … la couleur, la biche … la vague, la feuille … la rose qui s’ouvre … l’odeur de la pêche et toute la mer … rien n’est aussi beau que toi … le soleil de mai sur nos pâquerettes … l’enfant du lion … les fruits ronds, les fruits mûrs, les fruits chauds de soleil … rien n’est aussi beau que toi, Eléa, Eléa mon amour, ma bien-aimée … >> p.330

Paroles de Simon à Eléa. Notons que la seule qualité qui semble être la raison de tant d’amour envers Eléa est, sa beauté. Comme si la femme ne pouvait rien n’avoir d’autre.

<< Cette conviction que l’homme-en-tant-qu’espèce s’améliore avec le temps vient sans doute d’une confusion inconsciente avec l’homme-en-tant-qu’individu. L’homme est d’abord un enfant avant d’être un adulte. Nous, hommes d’aujourd’hui, nous sommes des adultes. Ceux qui vivaient avant nous ne pouvaient être que des enfants.

Mais il serait peut-être bon, il serait peut-être temps de se demander si la perfection n’est pas dans l’enfance, si l’adulte n’est pas qu’un enfant qui a déjà commencé à pourrir …

Vous, les enfances de l’homme, vous neufs, vous purs, vous non usés, non fatigués, non déchirés, délabrés, harassés, vous, que ne pouvez-vous pas avec votre intelligence ? >>

p.331-332

Lu dans le cadre du défi de Leiloona, mais aussi de celui de Fashion :

Challenge Nécrophile 2011

nécrophile-(fashion)

Posté par GeishaNellie à 19:12 - Littérature de science-fiction - Commentaires [10] - Permalien [#]
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Commentaires sur La nuit des temps

  • j'avais adoré ce roman!! que j'ai pleuré à la fin!!

    Posté par choupynette, 12 mai 2011 à 03:37 | | Répondre
  • @Choupynette : Oui, la fin m'a un peu déçue, j'aurais tellement voulu un happy end :'( même Simon dès le début nous fait comprendre qu'il n'y en aura pas.

    Posté par GeishaNellie, 12 mai 2011 à 12:41 | | Répondre
  • J'avais beaucoup aimé Ravage au collège.. et on ne cesse de me dire de La nuit des temps " lis le, c'est une belle histoire d'amour"... meilleur argument pour qu'il aille vite caler un meuble, le triangle amoureux , je sature. Et d'autant que c'est effectivement à chaque fois la rengaine machiste qui me fait bondir: il la voit, "hooo elle est belle, ça y est je l'aime, je l'aimerai toute ma vie". En attendant, le fille se révèle souvent insipide, frivole, avec une cervelle de moineau qui se ferait plaquer assez vite dans la réalité. Mais non. Elle est parfaite on vous dit.. Parfaite comme une belle image sans personnalité.Ca confirme donc ce que je craignais, et je vais passer mon chemin, aucune envie de lire une énième histoire de coup de foudre que je vais trouver gnan-gnan à coup sûr.

    Mais bizarrement ça me fait penser aux Naufragés du temps une Bd ou le problème est inversé: C'est un homme qui est repêché, dérivant dans uen capsule temporelle, qui recherche celle de la femme "idéale" qu'on lui a assignée.. et subit les assauts de charme de la scientifique qui l'a découvert ( mais sans résister beaucoup, hein, tant qu'on ne trouve pas l'autre, faut bien s'occuper). Ca pourrait donc t'intéresser de comparer les deux.

    Posté par purplevelvet, 13 mai 2011 à 18:35 | | Répondre
  • @Purplevlevet : Est-ce que tu es en train de me dire que je suis culcul Non, c'est pas vrai ! Mais sans joke, la fin était vraiment très bonne, mais je te comprends de ne pas accrocher. Moi-même qui est la dernière des filles à aimer ... ben à aimer ce que les filles devraient aimer, je m'étonne à chaque fois d'accrocher dans les histoires d'amour. Par contre, je n'accroche pas et espère ne jamais accrocher dans les livres sentimentals genre harlequin et la chick litt.
    Je ne suis pas sûre pour Naufragés du temps, j'ai été voir sur itnernet et il y a des rats comme méchants ?!

    Posté par GeishaNellie, 15 mai 2011 à 09:31 | | Répondre
  • Lu il y a plus de vingt ans, mais j'en garde un très agréable souvenir. Je n'avais par contre plus en tête ce que tu relèves concernant "ta crotte au coeur".

    Posté par El Jc, 17 mai 2011 à 04:30 | | Répondre
  • @El Jc : Je me demande même si cette crotte au coeur ne se retrouve pas dans les autres livres de l'auteur, mais que je ne l'avais pas encore remarqué. Quoiqu'il en soit, il s'agit malgré tout d'un excellent livre.

    Posté par GeishaNellie, 17 mai 2011 à 08:02 | | Répondre
  • C'est un roman que je veux absolument lire et ce depuis que je suis au secondaire. Bizarrement, je ne l'ai encore jamais fait. Il va falloir que je prenne ça en main!

    Posté par Karine:), 22 mai 2011 à 08:49 | | Répondre
  • @Karine : Il faut absolument que tu le fasses passer au moins dans ta PAL, rendu là il peut se perdre quelques années, mais au moins tu seras proche de le lire

    Posté par GeishaNellie, 22 mai 2011 à 21:16 | | Répondre
  • J'ai oublié la fin, à vrai dire je n'ai pas trop aimé ce roman... et pourtant nous ne sommes pas nombreux à ne pas l'avoir aimé. (voilà mon billet, qui date : http://www.myloubook.com/archive/2007/10/13/un-peu-de-science-fiction.html)

    Posté par Lou, 31 mai 2011 à 17:05 | | Répondre
  • @Lou : Je ne veux pas être méchante, mais je suis contente qu'il y en ai peu qui ne l'ai pas aimé, moi il ma tellement plût ! Malgré tout, je sais que ce genre n'est pas pour tout le monde.

    Posté par GeishaNellie, 31 mai 2011 à 21:02 | | Répondre
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