17 mai 2011

Candide ou l’Optimisme

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3/8 dans le cadre du défi de la PAL urgente de Leiloona

 


Candide

Voltaire

 

Groupe Beauchemin, éditeur

 

1999

 

216 pages

Conte philosophique ayant marqué l’oeuvre de son auteur, Candide ou l’Optimisme raconte l’histoire de Candide qui se fait tout d’abord expulsé du château en Westphalie où il vivait dans le plus grand bonheur car il a chastement embrassé la fille du baron, la magnifique Cunégonde. S’ensuit d’incroyables aventures dans le monde où Candide met à l’épreuve les enseignements philosophiques de son maître le grand Pangloss qui dit : << que tout est au mieux dans le monde. >> Malheureusement, tout semble vouloir prouver le contraire au naïf Candide qui se fait malgré lui engager dans l’armée, condamné à mort à plusieurs reprises, frappé, presque noyé, volé, en aussi piteux état qu’un gueux et encore bien pis.

Au cours de ses étranges histoires, Candide rencontre des hommes de bien, de mal, des serviteurs dévoués et des traitres, ainsi que plusieurs de ses anciens compagnons qui vont et viennent dans le conte. Toutefois, Candide n’a toujours qu’une idée en tête malgré ses mésaventures : retrouver la belle Cunégonde et la marier.  

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Ah vraiment je ne ne peux que remercier mon amie qui m’a prêté ce livre et lui avouer qu’elle connaît parfaitement mes goûts ou plutôt qu’elle a des goûts parfaits Clignement d'œil Voilà vraiment un livre qui va me marquer, car en l’ayant commencé je ne m’attendais pas du tout à ce que j’y ai découvert. Je m’attendais à un texte bien plus gai venant d’un auteur du siècle des lumières. L’idée de croyance philosophique voulant que la raison et le bon sens puisse mettre fin aux injustices et aux barbaries humaines ne pouvait que mettre au monde un conte bien différent. Toutefois, non seulement Voltaire n’essaie pas de prouver ces idées plutôt utopiques, mais il fait plutôt le contraire : il les détruit complètement ! Face aux horreurs que vivent les personnages, des épreuves tellement inhumaines que je ne pouvais croire que cela ai vraiment eu lieu dans des sociétés civilisées, aucune philosophie ne peut tenir. Voltaire devient le peintre d’un siècle beaucoup plus barbare que veut le faire croire son nom : le siècle des lumières. Ce texte a été écrit alors que son auteur avait plus de soixante ans et il est l’image de sa désillusion face à un monde raisonnable et bon.

Pour ce qui est des personnages, je me suis attachée à Candide, il n’est absolument pas prêt à faire face aux horreurs du monde extérieur alors même qu’on l’y plonge tête baissée sans aucune protection. Il se fera donc balloté d’un côté et de l’autre, mais il finira par apprendre. Pangloss,  philosophe et professeur de Candide, est un peu la tête de turque de toute l’histoire. Le but est d’opposé à sa philosophie tout ce que le monde a d’horreur pour lui montrer que jamais la terre ne sera aussi loin d’être au mieux. Cunégonde m’a aussi bien plut, car je considère qu’il s’agit d’une femme forte qui a sut profiter de ses charmes et des occasions afin de se faire une place dans la vie. Elle reste toutefois fidèle à son cher amant.

Dès le début de notre lecture ce qui nous frappe le plus c’est le rythme effréné du récit. Une fois Candide expulsé du château comme Adam de l’Eden, lescandide aventures se succèdent si rapidement que Voltaire passe souvent près de perdre le lecteur. D’ailleurs ces phrases courtes, mais frappantes disent bien souvent plus que ce que nous croyons à notre première lecture et j’ai beaucoup aimé le dossier qui se trouvait dans cette magnifique édition et qui ramenait notre attention sur certain passage plus subtil où le lecteur aurait pu perdre une des remarques ironiques de l’auteur. Mais ce rythme rapide va parfaitement bien avec l’idée des voyages incessants de Candide qui veut plus que tout retrouvé sa Cunégonde. En fait, certains passages passent à une vitesse beaucoup plus lente et c’est ce changement constant de vitesse qui permet au lecteur de reprendre pied dans l’histoire et d’en apprécier tout le contenu.

J’ai aussi été particulièrement frappé de l’ironie de Voltaire qui est omniprésente dans le récit, on sent bien que ce que subit les personnages, l’auteur ne l’approuve pas. Mieux, ce récit est parfois le moyen de dénoncer certaines scènes qui ont marqués l’écrivain comme le tremblement de terre de Lisbonne où 60 000 personnes sont mortes.  Ce fut l’un des tremblements de terre les plus meurtriers de l’histoire de cette ville. Parmi ces morts, il faut en compter quelques autres qui furent des étrangers que l’on brûla sur un autodafé afin que cesse les tremblements de terre … juste avant que le second ne vienne tout ébranler de nouveau ! Les protagonistes s’y retrouvent et passe à deux doigts d’y mourir, en fait un y meurt et revient à la vie plus tard. Oui, une partie de l’histoire frôle le fantastique. Lorsque Candide se retrouve en Eldorado par exemple, l’histoire d’invraisemblable devient complètement fantaisiste, cela m’a même fait penser à Les États et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac. J’ai lu chez certains bloggeurs que c’est un aspect du conte qui les a irrité, pour ma part, je ne me suis pas frustrée des raisons farfelues pour redonner vie à ses personnages.

Ce conte a donc été pour moi un plaisir à dévorer. Le dossier dont était doté cette édition m’a aussi permis de comprendre un peu mieux les conditions de vie de l’écrivain et la philosophie rationaliste de Leibniz à laquelle il a adhéré à une certaine époque (voir dans mon prochain billet) et qu’il détruit dans ce texte-ci. 

<< Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles, éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros, rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. >> p.17-18

<< À peine Candide fut-il dans son auberge, qu’il fut attaqué d’une maladie légère, causée par ses fatigue. Comme il avait au doigt un diamant énorme, et qu’on avait aperçu dans son équipage une cassette prodigieusement pesante, il eut aussitôt auprès de lui deux médecins qu’il n,avait pas mandés, quelques amis intimes qui ne le quittèrent pas, et deux dévotes qui faisaient chauffer ses bouillons. Martin disait : << Je me souviens d’avoir été malade aussi à Paris dans mon premier voyage ; j’étais fort pauvre : aussi n’eus-je ni amis, ni dévotes, ni médecins, et je guéris. >> >> p.83

Posté par GeishaNellie à 20:21 - Littérature française - Commentaires [7] - Permalien [#]

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Commentaires sur Candide ou l’Optimisme

    tiens, il faudrait que je le relise. Mon père me l'avait fait lire ado, et j'avais adoré. Je crois que j'y trouverais encore beaucoup plus aujourd'hui avec mon âge (canonique! )

    Posté par choupynette, 18 mai 2011 à 11:27 | | Répondre
  • @Choupynette : Il vaut vraiment la peine d'être lu avec attention et en connaissant le contexte historique. Comment ça âge canonique ?? Pour moi ça ne s'applique qu'au 100 ans.

    Posté par GeishaNellie, 18 mai 2011 à 12:14 | | Répondre
  • Je l'ai étudié à l'école et j'avais adoré cette lecture imposée (oui, rarement, mais ça m'est arrivé)

    Posté par Kikine, 19 mai 2011 à 21:13 | | Répondre
  • @kikine : il ne faut pas parler contre les lectures imposées à l'école, car se sont elles qui m'ont fait découvrir Guillaume Vigneault

    Posté par GeishaNellie, 20 mai 2011 à 11:50 | | Répondre
  • tiens, faudra que je le relise, j'en ai gardé un bon souvenir (et aussi l'expression "raison suffisante". J'ai relu l'an dernier Micromégas et l'Ingénu, et décidément, Voltaire reste un de mes chouchous.

    Posté par purplevelvet, 23 mai 2011 à 18:01 | | Répondre
  • @Purplevelvet : Je viens tout juste d'acheter l'ingénu avec la Reine de Babylone, bien hâte de voir si je vais aimé. J'ai fini Zadig (dont je dois absolument faire le billet! ) et je n'ai pas trop aimé.

    Posté par GeishaNellie, 24 mai 2011 à 08:37 | | Répondre
  • Voltaire selon sa Correspondance

    Bonjour,

    L’intérêt que vous portez à Voltaire m’incite à vous indiquer ceci :

    Il y a deux ans une lecture attentive de sa Correspondance (treize volumes à la Pléiade) m’a conduit à publier un livre dont le contenu ne cesse de me surprendre, dans la mesure où la mise en relation de 1500 extraits environ de cette même Correspondance et des événements historiques sous-jacents ne paraît pas pouvoir laisser place au moindre doute sur le caractère délibérément faussé de l’image qui nous a été donnée de ce personnage.
    Je souhaiterais vivement que vous puissiez partager mon extrême surprise en consultant, si vous le voulez bien, la rubrique "livres" du site : www.cunypetitdemange.sitew.com
    Tout à la fin de cette rubrique, là où apparaît une reproduction de la couverture de "Voltaire – L’or au prix du sang", un clic sur le mot "Voltaire" (à gauche) vous permet d’accéder aux quarante premières pages du livre lui-même.
    Cette façon quelque peu abrupte de venir vers vous ne fait sans doute que rendre compte de mon propre désarroi, car, si je ne me trompe pas, un énorme travail de réinterprétation reste à faire, et non sans conséquences diverses…

    Très cordialement à vous,

    Michel J. Cuny

    Posté par Michel J. Cuny, 10 avril 2012 à 14:47 | | Répondre
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