28 novembre 2011

Le Grand Blanc

Le grand blanc
Francine Ouellette

10/10

2007

784 pages



Comme j’ai peur de me mettre à spoiler cet excellent livre, je met la quatrième de couverture.

«Sophie Galant, jeune institutrice, tourne le dos à tout ce qui a été sa vie jusqu’alors pour partir vers le Grand Nord. Elle se rend à Shefferville, où elle sera serveuse et où elle rencontrera ceux que l’on surnomme «les rois du ciel», les pilotes de brousse. Parmi eux, l’indomptable Luc, la «Tête d’oiseau», et son mentor, Émile dit «Le Grand», l’homme au visage brûlé.

Bientôt, le destin de Sophie s’apparentera à celui des autres femmes dont le coeur bat pour l’un de ces intrépides. Tout comme Monique et Myriam, elle entretiendra l’espoir, même quand le pire sera à craindre … »

tentative couleurAvant de commencer, je veux spécifier certaines choses.
Premièrement, ce roman a un petit côté autobiographique, car Francine Ouellette a, elle-même, été pilote de brousse à Schefferville et au moins un de ses personnages est inspiré d’un type qu’elle a connu et très apprécié.
Deuxièmement, détail de rien du tout, mais pour une fille qui est un «peu» tombée en amour avec Schefferville, une minuscule ville perdue dans le Grand Nord où le pergélisol règne et où l’hiver coupe presque du monde (ouais, je me voyais parfaitement enfermée dans une des cabanes là-bas en train d’écrire, obligée que j’étais, puisque dehors la neige tombait à flots, aaaaah sweet dream). Je tiens donc à parler un peu de cet endroit avant que l’on y mette les pieds ensemble. Schefferville était dans les années 70 (c’est à ce moment que l’histoire se déroule) une ville minière en pleine expansion, mais durant les années 80, les mines ferment. Ce livre parle donc d’une ville qui n’existe plus comme elle existait à cette époque. Maintenant, il s’agit presque d’une petite ville fantôme, alors qu’à ce moment, il y avait tellement de monde que l’on venait d’ouvrir une nouvelle réserve amérindienne. Ça me donne un peu l’impression d’un testament …

Troisièmement, ce roman est en fait, un second tome, mais qui, fort heureusement, se lit indépendamment du premier livre.

Maintenant … Le Grand Blanc est un roman que j’avais acheté pour la lettre «O» du Challenge ABC 2008. Ouf ! Ça fait longtemps ! Mais le fait qu’il s’agissait d’une brique et aussi de littérature québécoise me faisait quelque peu peur et je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Quel fut ma surprise lorsque, par un beau jour de trip de littérature québécoise, je me met sur cette lecture et tombe complètement en amour de ce roman ! Immédiatement, j’ai compris la solitude de Sophie et d’Émile (mais pas du tout celle de Luc, bon peut-être que le premier tome va m’aider) et cela m’a donné le goût de les suivre. Pour le meilleur et pour le pire, j’étais accrochée !

Et puis, il y a Schefferville, cette petite ville dont, comme je l’aitoundra canadienne route labrador mentionné, je suis tombée en amour. Une ville où tout le monde se connaît, où les moindre secrets sont vite découverts, où les saisonniers viennent avec leur gros billets afin d’abattre du gibier et où, dès leur départ, les gens se retrouvent de nouveau dans le blanc des yeux. L’auteure nous en parle en nous décrivant ses tempêtes de neige monstrueuses, sa toundra d’un blanc qui vous brûle les yeux, de cette immensité de glaces et de forêts qui l’entourent. Tout simplement enchanteur !

Et Schefferville c’est aussi là que vit un groupe de personnages des plus attachants créé par l’auteure. Bien vite, nous apprenons à aimer ces pilotes de brousse, amoureux des airs dont le fait de voler leur donne l’impression de la plus grande liberté. C’est un métier difficile, dangereux, souvent peu payant, mais ils en sont fous et entre-eux existe une forte amitié qui les lie tous et qui nous lie à eux. Mais au-delà de ce groupe de pilotes, il y a bien d’autres individus que se soit Myriam la barmaid, Monique la femme de Barbiche, Georges l’Amérindien, Elisa la blonde d’un homosexuel, etc. Tous des personnages fort attachants.

Dans ce roman, l’auteure travaille dans ses premières pages à nous attacher ses personnages grâce à quelques drames de la vie courante et une fois cela fait, elle détruit ce cadre idéal pour une précarité qui nous met en haleine pendant le trois quart du livre. Je dirais que le seul bémol de ce livre, fut justement cette attente qui finit par créer des longueurs, mais ces longueurs sont à l’image de la toundra. L’auteure nous fait donc simplement vivre le passage du temps dans le froid, la faim, la souffrance et l’attente d’un espoir qui peut-être ne viendra jamais. C’est donc pour cette raison que ce bémol n’en ai pas vraiment un et que je le met en fin de billet, là où certains ne se rendront pas dans leur lecture ;)

Un vraie coup de coeur et je me met immédiatement à la lecture du tome 1 !

Extrait

«Il est là, le piège. Devant elle. Autour d’elle. Là, à la serrer dans son étau. À se refermer sur elle. À mordre ses doigts dans ses poches. Là, dans ce vent furieux échappé du nord. Dans cette ville où elle n’a pas d’amis et où son amour est mort. Il est là, le piège, qui se ferme avec la sûreté de la glace immobilisant un vaisseau sans gouvernail. » p.150

«Ils ont appris la valeur des choses qu’il y a là-bas. Des choses qui paraissent insignifiantes aux yeux des hommes que le temps presse. Ces hommes qui avalent leur déjeuner en vitesse pour prendre le métro, le mégôt au coin de
la bouche, et qui bouffent tout ça sans rien goûter, sans s’arrêter, parce que le temps, c’est de l’argent, et que de l’argent, ils en ont besoin pour vivre. Mais qu’est-ce que vivre, sinon la somme de toutes ces petites choses insignifiantes ? L’odeur de la rotie dans le grille-pain, le craquement rassurant des calorifères déclenchés par le thermostat, l’arôme du café, le parfum suave de l’enfant sortant du bain, le vin bu entre amis, le confort d’un lit, le visionnement d’un bon film à la télévision, voilà autant de choses insignifiantes et sublimes. Des choses de la vie que l’on apprécie seulement lorsqu’on les perd.»
p.562

Celle-là c’est ma préférée et je suis tout à fait d’accord avec le calorifère et le café, c’est le genre de détail que l’on perd avec l’enfance et les responsabilités.

Posté par GeishaNellie à 19:43 - Littérature québécoise - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le Grand Blanc

  • ça a l'air bien, mais vu que c'est québécois, probablement difficile de mettre la main dessus en France, ...

    Posté par choupynette, 29 novembre 2011 à 09:23 | | Répondre
  • @Choupynette : Oui, tu as s'en doute raison et pourtant, je suis sûre tu aurais appréciée le dépaysement.

    Posté par GeishaNellie, 29 novembre 2011 à 12:04 | | Répondre
  • Si c'est un coup de coeur, je ne peux que noter!

    Posté par Edelwe, 29 novembre 2011 à 13:57 | | Répondre
  • @Edelwe : Tant mieux

    Posté par GeishaNellie, 29 novembre 2011 à 20:08 | | Répondre
  • C'est drôle, c'est un roman que j'avais commencé à l'époque et que je n'avais jamais pu terminer... Peut-être à réessayer?

    Posté par Allie, 30 novembre 2011 à 13:13 | | Répondre
  • @Allie : Ah oui ? Dommage ...

    Posté par GeishaNellie, 30 novembre 2011 à 22:24 | | Répondre
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