23 janvier 2012

La main d’Iman

la main d'Iman

 

Ryad Assani-Razaki

L’Hexagone

2011

324 pages

 

« Plusieurs voix se succèdent pour raconter une histoire qui se déroule sur trois générations. À travers les trajectoires des différents personnages, c’est le drame de l’Afrique qui se dessine, ses forces, ses richesses, ses prédateurs, sa violence et son désespoir. » dos de couverture

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Selon les critiques, il s’agissait du livre de la rentrée à lire ABSOLUMENT et puisque, en plus, l’auteur a gagné le prix Robert-Cliche, du premier roman pour celui-ci (mentionnons que son tout premier écrit publié, un recueil de nouvelles a, lui aussi, gagné un prix), vous vous douterez donc que j’avais une folle envie de le lire. Même au Salon du Livre de Montréal, j’ai hésité, j’ai tournoyé un peu autour de l’auteur et, au final, je n’ai pas osé me l’acheter, car le prix des livres québécois est, bien souvent, élevé. J’ai donc fini par simplement le réserver à la biblio. 38. C’est le nombre de personnes qu’il y avait devant moi ! Ça pris un temps fou, mais il a fini par atterrir dans mes mains.

Je suis consciente que le dos de couverture ne dis pas grand chose, mais il est plutôt difficile de résumé ce roman, car il met en vedette plusieurs personnages qui, par moment, ont un rôle principal, puis deviennent secondaire. Mais jamais nous ne sommes perdus, car au final tout tourne autour d’Iman et de son ami, qu’il a sauvé de la mort, Toumani. On suit donc le combat de ces jeunes garçons pour la survie dans une Afrique pauvre qu’il est même inconcevable de penser quitter. Pire, pour Toumani, devenu handicapé à cause des mauvais traitements de son «employeur», il est même inconcevable d’être heureux, de se trouver un boulot et même une femme. Pour Iman, c’est autre chose, c’est un garçon d’une bonté incroyable, qui comprend les souffrances des autres et ce qui les poussent parfois à faire le mal, mais lui même est incapable de trouver sa place. C’est comme s’il était vide à l’intérieur. Incapable de garder un job, incapable de rester avec une fille, voilà ce qu’il vit et ce, jusqu’à ce que l’une d’entre-elle finisse par le remplir : le remplir d’un rêve impossible.

Et maintenant, une fois ma lecture terminée, est-ce que je considère que ce livre et son auteur méritaient toute la publicité dont ils ont été lesISS72_feat_ryad1 bénéficiaires ?? Oui, tout à fait. Sans avoir lu beaucoup de livres de la rentrée de septembre 2011 (tellement peu que j’oserais dire aucun pour me sentir moins mal lol), il n’y a sûrement pas eu dans les nouveaux nés québécois histoire plus triste et personnage plus attachant qu’Iman. Iman est une véritable perle et il fait tout avec détachement, si bien que l’on ne comprend pas tout le temps ses motivations, peut-être est-ce seulement parce qu’il est ainsi, il sait qu’il sera trompé malgré tout ce qu’il donnera, mais il n’arrêtera pas d’aider les autres. Un personnage simplement magnifique et vrai.

En lisant ce roman, j’ai eu l’impression de mélanger deux de mes précédentes lectures, soit Aminata de Lawrence Hill, car après avoir découvert le continent africain au 18ième siècle avec l’esclavage, on le redécouvre ici à notre époque, mais dans la même continuité d’auto-destruction où il est difficile pour ses habitants d’avoir un avenir. Pour ce qui est de la seconde lecture, vous trouverez ça étrange, mais il s’agit de Le moine de Lewis pour la chute morale de Toumani. Tout comme Ambrosio, Toumani se retrouve coincé dans une spirale où il ne peut que chuter au plus bas. Les engrenages se placent bien vite, si bien que l’on sait qu’il sera dorénavant impossible de sortir le personnage de l’impasse dans laquelle il se trouve et pourtant ! comme on aimerait pouvoir l’aider. Dans ce livre, on ne peut détester aucun des personnages, on ne peut que pleurer les pertes qu’ils subissent.

Bref, un excellent roman magnifiquement écrit et qui dévoile un monde criant de vérité. L’auteur montre un tel talent qui dépasse même son état d’homme, je veux dire par là, qu’il se glisse aussi bien dans la peau des hommes que des femmes (j’oserais à peine souffler à votre oreille qu’il est même meilleur pour comprendre les femmes que beaucoup d’autres). Pas de besoin de vous dire que je suis déjà en cogitation pour choisir quand je vais louer son recueil de nouvelles !

Extraits

« Je n’ai pas choyé Zainab simplement parce qu’elle était ma fille et que je l’aimais. Je l’ai fait en reconnaissance de la valeur de la vie de son père. Par devoir. Une mère qui se lamente ne peut apporter que la tristesse à sa fille. » p.43

« Zainab n’était liée par rien du tout. Elle était aussi libre que le vent salé qui soufflait depuis la mer et s’engouffrait dans les ruelles de notre ville, soulevait les jupes, faisait claquer les pantalons ou léchait les lèvres comme un baiser indécent. » p.50

« Les femmes sont faîtes pour cela : accueillir. Accueillir le sexe d’un homme, puis accueillir un embryon pendant neuf mois. Accueillir l’idée que les hommes se font du monde, puis la transmettre. Par conséquent, nous sommes en réalité des enclos vides, des corps sans âmes, comme un temple antique aux piliers battus par le vent. » p.196

Posté par GeishaNellie à 13:36 - Littérature canadienne - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur La main d’Iman

    Comme j'ai abandonné Aminata, je pense que je m'abstiendrai pour celui-ci...

    Posté par Jules, 24 janvier 2012 à 10:18 | | Répondre
  • @Jules : L'écriture de Ryad ne ressemble pas en tant que tel à celle de Lawrence, cet auteur vaut vraiment le coup qu'on le lise !

    Posté par GeishaNellie, 24 janvier 2012 à 18:50 | | Répondre
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