07 janvier 2014

Chronique de la dérive douce

chronique de la dérive douce

 



Dany Laferrière

Boréal

2012

208 pages





Dans les années 70 un jeune Dany Laferrière fuit la mort qui l’attendait inévitablement dans son pays d’origine, Haïti, pour atterrir à Montréal. Il débarque sans un sou en poche et sans plan d’avenir autre que de vouloir rester dans ce nouveau pays d’accueil.

Une histoire de sexe, de solitude mais aussi d’espoir.

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Mon tout premier Dany Laferière ! On devrait marquer le calendrier d’un «X» rouge ! C’est sûr qu’ahaitivec toute la publicité qu’on lui a fait ces derniers temps grâce à son élection à l’Académie Française, je ne pouvais qu’avoir envie de sortir ce livre de ma PAL afin de découvrir l’auteur.

De prime abord, j’ai été déstabilisé par la forme du texte. L’histoire était écrite en vers non-rimés si bien que je ne savais pas trop comment je devais le lire. J’ai beaucoup de difficulté encore à dissocier vers et littérature poétique alors qu’ils peuvent aussi être utiles dans un roman. J’ai finalement décidé d’aborder le tout comme n’importe quel autre livre et de me laisser aller et j’ai été happé par cette façon d’écrire. Les vers donnent beaucoup de rythme au texte et se marie merveilleusement aux mouvances que vit le jeune émigré. Les mots vont et viennent comme les pensées douloureuses du jeune Haïtien qui découvre en même temps la sécurité et la solitude.

J’ai eu parfois de la difficulté avec sa façon de faire les choses : coucher avec plusieurs femmes sans remords (sans même comprendre ce qu’il y a de mal de tromper ces filles !), retirer l’argent du Gouvernement sans se chercher du travail et vivre d’appartement en appartement dans un foutoir pas possible. Toutefois, il m’a aussi remis les valeurs à la bonne place en chamboulant mon coeur de petite technicienne en santé animale car un pigeon s’est bien cute (je les adoooooore !!) mais quand tu crèves la dalle tu as bien le droit d’en faire une fricassée avec du citron ! Pourtant, dès qu’il avait une cenne, il se précipitait à la librairie du coin et non pas à l’épicerie. Je me dis qu’il y a des priorités dans la vie et à la fois, qu’après tout, on l’aime comme ça. Un pauvre affamé d’amour et de culture !

Une toute première expérience très positive avec cet auteur haïtien. Bon, il faut que je m’ajuste car on n’a pas la même façon de voir la vie mais ça n’a fait que donner du piquant à ma lecture :) Petite remarque en passant : à part Boulgakov, Laferrière et moi ne partageons pas du tout les mêmes goûts littéraires …

Source de l’image : http://corinekonguem.unblog.fr/2010/02/01/haiti/

Extrait

« D’une certaine façon, ce pays
ressemble au mien. Il y a
des gens, des arbres, un ciel,
de la musique, des filles,
de l’alcool, mais quelque part,
j’ai le sentiment que c’est
totalement différent sur
des points très précis : l’amour,
la mort, la maladie, la colère,
la solitude. le rêve ou la jouissance.
Mais tout ça n’est qu’une intuition.»
p.19

« Combien de temps faut-il
pour oublier mes amis laissés
à Port-au-Prince ?
Il me suffit de fermer les yeux
pour me croire encore là-bas.
Le bruit des voitures est partout
le même. »
p.21

« Chaque fois
que je tiens
un livre
dans ma main
je me sens rassuré
sachant qu’à tout moment
je peux m’asseoir
sur un banc
et l’ouvrir. »
p.69

« Je me souviens encore
de la folle excitation
qu’a suscitée, chez mes voisins
(et dans les médias aussi),
la première tempête de neige
de l’année.
J’ai été impressionné par le fait
qu’on pouvait être autant fasciné
par une chose qui revient chaque année
pour durer si longtemps. »
p.180

Posté par GeishaNellie à 00:00 - Littérature québécoise - Commentaires [0] - Permalien [#]

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