01 juin 2016

Ramata

Lu dans le cadre du défi Le tour du monde en 8 ans de Helran : Sénégal 


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Abasse Ndione

Gallimard

2000

448 pages

 

« Belle, Ramata l'est sans conteste ni rivale. D'où vient alors qu'elle soit aussi mauvaise, querelleuse, vaniteuse et infidèle ? D'où vient, en fait, que cette superbe femme, riche et adulée, soit aussi malheureuse ? » 4e de couverture

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L'histoire de Ramata nous est racontée via une tierce personne à partir d'un élément de sa vie qui remonte à plus de vingt ans. Lentement, de fil en aiguille, on finit par comprendre que ce qui se déroule suite à ce déclencheur, est peut-être une sorte de malédiction car nous suivrons tous les protagonistes qui, invariablement, auront une fin à la mesure de leurs péchés. Une belle façon de nous tenir en haleine tout le long de notre lecture mais malheureusement plusieurs longueurs, spécialement vers la fin du récit, aurait pu être évité surtout que le dénouement est assez visible (tiens, c'est moi qui écrit ça ?!).

Mais quelle étrange femme que cette Ramata ! Elle suscite en nous des émotions contradictoires tout le long de notre lecture. Si au tout début, son attitude nous donne envie de la détester, nous ne pouvons nous sommes incapable de nous tenir qu'à ce premier jugement. C'est une femme gâtée, égoïste et menteuse, pourtant elle souffre d'une insatisfaction qui la poursuivra toute sa vie. Je n'aime pas utiliser le terme «frigide», dans ma bouche ce mot m'écoeure, il a pour moi un sens misogyne, lorsqu'on le prononce c'est un peu comme-ci s'abattait un couperet sur la tête de la pauvre femme, comme si c'était une des pires maladies qui pouvaient nous toucher, c'est froid et implacable. Ramata, elle, aura passé sa vie à chercher l'amant qui pourrait enfin lui faire ressentir le plaisir que d'autre ressente à tous les jours dans les bras de leur époux. Elle consultera même un spécialiste afin de comprendre si l'excision qu'on lui a pratiqué étant jeune fille pourrait être en cause dans son absence de plaisir. Malheureusement, malgré tous les hommes qu'elle rencontrera, malgré les conseils des médecins, le plaisir sexuel lui restera interdit jusqu'à une rencontre bien inattendue et brutale ! Et c'est bien là que le bât blesse car on ne peut choisir celui dont on tombe «amoureux» et quoi faire lorsque l'on est marié à un des hommes les plus puissants du pays mais aussi un des meilleurs, des plus gentils, des plus doux et qui est follement amoureux de vous malgré toutes ces années de mariage ?

Un sujet plutôt controversé que cette absence de plaisir sexuel chez la femme, surtout chez une qui a été excisée. Est-il possible d'avoir du plaisir malgré tout ? Si oui, comment ? J'ai bien aimé la façon dont l'auteur, un homme de surcroît, s'est penché sur la question et n'a pas eu peur d'aborder le sujet de cette vieille tradition maintenant interdite au Sénégal (même si elle est encore pratiquée illégalement). Là où eu j'ai eu plus de difficulté et que j'ai l'impression d'avoir trouvé «la vision masculine» de l'auteur c'est au sujet de l'amour vs le sexe car Ramata deviendra complètement accroc de son amant. Elle le poursuivra partout et sans entrer dans les détails, disons que cet homme ne le mérite pas et ne lui rend pas son affection avec la même force. Cette idée qu'il suffit que la personne soit bonne au lit afin qu'immédiatement on en soit amoureux me semble presque aussi répandu que celle de tomber amoureux d'une femme juste parce qu'elle est belle (que l'on retrouve aussi dans ce roman) et je n'ai pas besoin de vous expliquer en quoi c'est deux croyances sont complètement erronées et rabaissantes. Je suis de celle qui croit que l'amour se «travaille», que l'on apprend à découvrir l'autre lentement, autrement il ne s'agit que de dépendance et de désir. 

Ramata est un roman qui nous fait plonger dans une Afrique que l'on connaît peu et qui nous fait comprendre qu'on l'a connaît peu mais grâce aux leçons d'histoires et aux anecdotes de l'auteur, le Sénégal se dévoile peu à peu à nous. Moi qui suis une vraie nord-américaine, je dois avouer que je jetais un regard sombre sur l'Afrique mais Abasse Ndione nous la montre plutôt en couleur avec ses bons et ses moins bons côtés, avec sa science et ses superstitions. Ah, il n'y a pas à dire, parfois ça fait du bien de voyager même si l'histoire du livre en elle-même nous laisse un peu de glace.

Extrait

« Elle lui donna des tapes affectueuses dans le dos, puis se sépara de lui, détourna le visage et se mit à pleurer en silence.
Junior ne tenta même pas de la consoler. Ces larmes-là ne s'essuyaient pas, elles n'exprimaient point le désarroi, mais au contraire célébraient une joie si profonde qu'il était impossible de la contenir. Des larmes de bonheur ! »
p.138

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Posté par GeishaNellie à 00:00 - Littérature africaine - Commentaires [0] - Permalien [#]
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