20 juin 2016

Prokhor Menchoutine

Lu dans le cadre du défi Le tour du monde en 8 ans de Helran : Russie


 

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Mark Kharitonov

Fayard

1994

221 pages

 

« Chacun son grain de folie en ce monde de féerie russe, des lubies loufoques, des songe-creux, des dormeurs nés qui, telle la tante Pacha, vont dormir comme on va au cinéma : pour voir des rêves. Prokhor est un clown raté qui, petit garçon, se sculptait le nez avec un fer à repasser aux braises chaudes ; c'est lui qui entraîne toute la bourgade dans sa mystification, et, l'instant d'une fête, lui fait croire que tout est interchangeable. Il devine les pensées d'autrui, gagne des paris absurdes; pourtant cet adepte exalté de Dionysos, égaré dans la province soviétique, est aussi un naïf, un blessé de la vie. Mais le peuple russe a toujours considéré loufoques et saltimbanques comme des hommes de Dieu. » 4e de couverture

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Lu il y a un bout
J'ai lu dans certaines critiques que ce n'était pas un livre grand public, que tous ne saurait pas l'apprécié. Dès le début de ma lecture j'ai tenté désespérément de me plonger dans ce conte soviétique mais incapable que je suis, faisant peut-être parti de ce «grand public» d'y trouver cette Cendrillon revisité ce second sens des choses, j'ai fini par abandonner et faire comme je fais toujours : simplement lire et apprécier l'histoire. Je ne suis peut-être pas le meilleur lectorat possible mais je puis dire que dès le début, j'ai apprécié le personnage principal de Prokhor, on sent immédiatement que, qu'importe ses décisions, il ne peut rien lui arriver de bien, qu'il est cloîtré à une vie ordinaire et triste même s'il mériterait mieux. Comme une fois n'est pas coutume, je vous met un extrait afin que vous vous attachiez aussi sûrement que moi.

« On disait qu'il avait des capacités et même un talent original, mais on parlait de lui comme on parle de ces gens «potentiellement» doués, assez courant en Russie, qu'un mal incompréhensible semble empêcher de se donner à une tâche sérieuse et positive; ce sont des gens qui passent leur vie à tester leurs forces, peut-être parce qu'ils ont un éventail trop large de possibilités et qu'ils ne parviennent ni à trouver leur bonheur dans les limites d'un domaine particulier ni à se tenir à une fonction précise ou à faire valoir un seul de leurs dons, peut-être aussi par dédain de la réalité quotidienne, pris qu'ils sont par leurs chimères théoriques ou leurs rêves indécis de grandeur. La prose de tous les jours était indifférente à Menchoutine, sans parler de toutes ces histoires et intrigues apparemment inévitables dans le milieu particulier des artistes; malgré un tempérament impétueux, il était excessivement conciliant et très peu entreprenant; c'est pourquoi il n'avait jamais réussi à décrocher les appartements, les missions et les rôles intéressants. » pages 11-12

Afin d'améliorer sa condition de vie, ainsi que celle de sa femme avec qui il forme un couple magnifique (comme peu vous aurez rencontré en littérature) et de sa fille adoptive qui, étrangement lui ressemble énormément, il décide de quitter la grande ville afin d'aller s'occuper de la direction artistique de la Maison de la culture d'une minuscule bourgade. Puisque aucun d'eux ne connaît vraiment la campagne et que l'on sent dès le début l'incompréhension et le stress d'Anna, la femme de Prokhor, on devine vite que la vie n'y sera pas facile. Pourtant, Menchoutine y arrive avec beaucoup d'espoir croyant enfin pouvoir mettre en scène les pièces de théâtre qu'il désire, attiré qu'il est par les contes anciens et le folklore russe, mais il découvre vite qu'il devra se plier aux désirs de la populace et à la lourde charge qu'exige son travail. Anna, elle, tente tant bien que mal de tenir la maison familiale et s'étiole lentement loin de ses propres ambitions artistiques. La jeune Zaïre, rebaptisée par tous en Zoïa, grandit tant bien que mal avec le caractère particulier d'une enfant mésadaptée socialement et sans ambition ou passion réelle.

Quelle étrange lecture et même plutôt triste que celle-ci ! Menchoutine aussi instruit et passionné qu'il est ne semble pas être destiné au bonheur, entre ses mains glissent mille opportunités intéressantes mais il les laisse filer, comme désabusé. Il laisse des hommes de basse envergure prendre le dessus sur lui alors même que l'étrange pouvoir qu'il possède semble l'informer de tout ce qu'ils vont dire ou faire. Sa conciliance finit même par taper sur les nerfs ainsi que sa propension à la prolixité qui amène beaucoup de longueurs dans le texte. Finalement, c'est un livre qui aura passé dans mes mains sans que j'en retienne grand chose mais l'écriture agréable de l'auteur aura rendu le moment bien plus intéressant.

Extrait :

« Elle [Zoïa] manifestait une ingénuité et une confiance qui n'étaient plus de son âge. Un jour, un gamin lui prit des mains un hanneton sous le prétexte que tous les hannetons qui volaient dans l'air lui appartenaient et qu'il ne les avait lâchés que pour un court moment; Zoïa le crut sans l'ombre d'une hésitation. Une autre fois, elle revint chez elle, excitée par une découverte étonnante : quelqu'un lui avait montré qu'à part la pleine lune bien ronde que tout le monde voyait en ce moment juste au-dessus des arbres, il y en avait une autre, dans un ravin. Dans ces cas-là, il n'était pas aisé de la détromper, la seule autorité définitive qu'elle reconnût était son père, et encore. » p.56 

« - Malheureusement, les banalités que tu prononces t'empêchent d'échapper à ton rôle. Mais peut-être ne faut-il pas le regretter. Tu es transparent, prince. Tu es comme une vis bien droite : il suffit d'amorcer un trou à la vrille, et ensuite ça se visse tout seul. Ce ne sont pas seulement tes paroles que l'on peut prévoir à l'avance, mais aussi tes actes. Je pourrais te dire maintenant ce que tu vas faire demain. » p.161-162

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Posté par GeishaNellie à 00:00 - Littérature russe - Commentaires [0] - Permalien [#]
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