26 juin 2016

Le langage de la meute

978-2-7644-2957-0-500x500

 

André Alexis

Québec Amérique

2016

237 pages

 

« L’intelligence humaine est-elle une bénédiction ou un fléau pour l’espèce?? L’existence est-elle plus heureuse en raison de cet attribut?? Lorsque les dieux Apollon et Hermès débattent de la chose autour d’une bière dans une taverne de Toronto, la discussion prend un tour inattendu. Concluant un pari sur cette épineuse question, ils doteront les quinze pensionnaires d’un chenil avoisinant de cette forme particulière de conscience. De Benjy le rusé beagle à Atticus le mastiff, en passant par Majnun le majestueux caniche, la meute nouvellement constituée devra faire face à un monde de possibilités surprenantes, mais surtout à des idées nouvelles, terriblement dérangeantes. Comment se mesurer à un monde qui n’est plus celui d’avant, comment redevenir un chien quand on n’en est plus un?? Ces questions et bien d’autres sèmeront leur parcours, suivi de près par des dieux qui n’hésiteront pas à tricher pour soutenir leurs favoris. » 4e de couverture

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Lorsque j'ai ouvert ce livre, je m'attendais quelque peu à un énième combat sur le thème de la cruauté humaine, qu'une fois les chiens porteurs de cette conscience unique à l'homme, l'auteur travaillerait à recréer notre évolution et notre destruction au travers de ses personnages canins. Mais il n'en est aucunement question. L'idée était plutôt de voir comment ces bêtes se débrouillent avec leur nouvelle intelligence et leur nouveau langage dans un monde où ils ne sont plus des chiens comme les autres mais pourtant considéré comme tel par les humains qui les entoure. Comment supporter d'être traité comme un « gentil toutou » quand l'on ne rêve que d'une nouvelle indépendance, lorsque l'on a la compréhension de ce qu'implique d'être la propriété d'un maître ? Et puis et surtout, il y a la meute. Cette meute créée par ces chiens à la conscience unique qui se sont enfuis du chenil afin de vivre une nouvelle vie. Incapable d'être accepté par d'autres chiens mais pourtant en tant qu'animal social désirant pleinement faire parti d'un groupe, la nouvelle meute n'exaucera pas les souhaits de tous. Pourtant, tous auront le désir de la protéger au péril de leur vie. Il fallait bien s'attendre à ce que ce nouveau langage qui les isole des autres chiens et les rend si étrange, crée des frictions entre les membres. Maintenant, il reste à voir si le chien sera aussi cruel que peut être l'homme lorsqu'il désire imposer sa loi.

Véritable ovni littéraire, Le langage de la meute a su me plaire et me questionner. En tant que technicienne en santé animale, je doutais parfois des expressions de hiérarchie dans la meute mais il faut dire qu'à essayer d'être un chien comme les autres, on fini par en être une simple ombre bien loin de l'original. Ainsi, je doute fort que « monter » les chiens inférieurs soit si courant, pour ma part je ne l'ai vu qu'une seule fois par dominance et toutes les autres fois par excitation sexuelle, mais bon. J'ai spécialement apprécié la distance qui se crée entre les humains et les chiens qui, possédant cette nouvelle conscience, trouve dégradant de jouer au « gentil toutou » et de faire des tours, du moins pour certains car les plus calculateurs vois-là une excellente façon d'obtenir de nous ce qu'ils veulent. Et lorsque l'un des chiens devient suffisamment intime avec un être humain pour lui dévoiler son intelligence et même lui parler, il est très intéressant de voir toute la distance qu'il y a entre eux. En fait, une compréhension de ces deux espèces est quasiment impossible, à moins que les Dieux s'en mêlent ... D'ailleurs, c'est un peu l'un des bémols que je trouve à ce livre, l'enjeu entre Hermès et Apollon attire les regards des autres Dieux si bien que plusieurs s'en mêlent et c'est moi qui ai fini par oublier qui avait agi à quel moment et modifier le destin d'un des chiens. Bref, un pari stupide entre frère fini par impliquer beaucoup trop de monde et j'avais de la difficulté à me rappeler le qui, quand et pourquoi. Autrement, en suivant simplement l'histoire de chacun des chiens j'ai été amplement satisfaite et j'ai même versé quelques larmes.

Extrait :

« Peu après la nuit à la clinique vétérinaire, Atticus vient à croire que le canin s'étiolait en lui, que c'était tragique, que la perte des moeurs anciennes allait s'avérer désastreuse. Cela l'amena naturellement à se demander ce qui faisait de lui un chien. Étaient-ce ses sens ? Peut-être. Pourtant, il disposait encore de ceux-ci. Était-ce quelque chose de physique ? Oui, c'était présent dans les sensations qu'il éprouvait en courant, en buvant de l'eau, en creusant le sol avec ses griffes. Mais son être physique, aussi, était inchangé. » p.125

Posté par GeishaNellie à 00:00 - Littérature canadienne - Commentaires [0] - Permalien [#]

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