07 avril 2017

Plaidoyer pour la vie

Lu dans le cadre du Défi Tour du monde en 8 ans (Congo) de Helran


plaidoyer pour la vie
Denis Mukwege

L'Archipel

2016

285 pages

 

«Jeune médecin congolais, Denis Mukwege découvre les difficultés rencontrées par les femmes enceintes pour accéder aux soins. Les grossesses se terminent souvent en tragédies. Sa vocation est née: il part étudier la gynécologie obstétrique en France, à Angers. 
De retour dans son pays, il s’installe à Lemera, dans les montagnes de l’Est du Congo, pour y dispenser des soins adaptés. Dix ans plus tard, en plein conflit, il fonde l’hôpital de Panzi et y « répare » les femmes victimes de violences sexuelles. Dans cette région, viols et mutilations génitales sont devenus pour les milices des armes de guerre : qui détruit les femmes détruit du même coup la structure familiale, sociale et économique.

En dépit des menaces, Denis Mukwege alerte son gouvernement – qui s’obstine dans le déni – puis la communauté internationale, depuis la tribune des Nations unies en décembre 2006.
Comme il le révèle dans cette autobiographie, le Dr Mukwege est toujours en danger et vit sous protection. Également pasteur, comme l’était son père, il continue à se battre pour les femmes, afin que cessent ces violences insoutenables.» 4e de couverture

88309549


Habituellement, je fuis les autobiographies comme la peste car la plupart des gens qui les écrivent n'ont pas le genre de plume qui me plaît. Toutefois, lorsque j'ai entendu parler du docteur Mukwege appelé aussi «l'homme qui répare les femmes», je ne pouvais pas passer à côté. Le sujet m'intéressait, quoique j'avais fort peur des terribles réalités que j'allais découvrir en feuilletant ces pages. J'étais prête à passer outre le fait que cet homme est docteur et non pas écrivain car je crois qu'ici le fond est bien plus important que la forme et finalement, je voulais acheter ce livre afin qu'une partie de mes sous lui reviennent, c'était très important pour moi.

C'est un peu étrange à dire mais jamais forme n'aura autant servi le fond. Oui, j'ai trouvé que la timeline était difficile à suivre, je

mukwege-panzi

me perdais dans les multiples projets, invitation à l'internationale et malheureusement, les nombreux conflit qui ont éclatés mais c'était mieux ainsi. J'ai préféré buté sur la trame afin que ce qui me soit raconté me soit moins pénible. Bon, je suis probablement un peu égoïste car je voulais connaître la vérité sur ses femmes et finalement, cela m'a été bien difficile. Toutes ces vagues armées qui s'abattent sur le Congo ont été si dévastatrices pour les familles et ce qu'a fait le docteur Mukwege pour les femmes de son pays n'est qu'un strict minimum. Il faudrait tellement plus! Mais lorsque l'on voit tous les sacrifices que cet homme a dû faire afin de poursuivre son but on comprend vite que ce n'est pas tout le monde qui pourrait suivre ses traces.

Tout au long du récit nous suivons certes la vie de cet homme et de sa découverte de la violence mais aussi, la plongée en enfer du Congo suite à son indépendance. Le docteur Mukwege nous parle crûment tout au long du récit, il ne mâche pas ses mots sur les erreurs des différents gouvernements qui se sont succédés. J'ai même eu peur pour lui parfois, pour sa sécurité ... D'un autre côté, l'homme reste un homme et je ne pouvais être d'accord en tout point avec lui. Peut-être parce que je viens d'un pays plutôt de gauche et qui prône pour l'athéisme (quoique je sois plutôt agnostique), j'ai grincé des dents sur certains passages. Je ne m'étendrai guère sur le sujet car il faut tout de même comprendre que nous sommes loin de notre douillet confort québécois ici.

Finalement, on peut ne pas apprécier le style d'écriture du docteur Mukwege, on peut ne pas être toujours d'accord avec lui mais assurément, cette autobiographie a sa place sur les rayons de nos libraires et même devant bien d'autres ouvrages best-seller vides de sens. Ce qui nous est raconté dans Plaidoyer pour la vie sur les femmes congolaises mais aussi sur le mal qui ronge le Congo et plusieurs pays voisins de celui-ci est nécessaire. Plusieurs ont essayé et essaie encore de faire museler le docteur qui répare les femmes mais son discours est important sur la scène internationale, il en poussera sûrement plusieurs à dénoncer ces agressions répugnantes qui ont, bien souvent, comme but, non pas de tuer, mais d'humilier ces femmes de tout âge. Un énorme merci au docteur Denis Mukwege pour son travail, pour tous les projets qu'il a mené et mènera encore pour aider son peuple et, comme une fois n'est pas coutume, prions pour toutes les femmes passées, présentes et futures.

Extraits du livre:
- « «S'il vous plaît, docteur, peut-être une réparation complète n'est-elle pas possible, mais si, au moins, je pouvais de nouveau ressembler à une femme. Faites de votre mieux, c'est important pour moi!» Combien de fois ai-je entendu cette supplication avant une opération.
Quand, avec la fine lame du scalpel, je me suis approché de la plaie et que j'ai taillé dans la chair, mes pensées sont allés vers l'ambassadeur de mon pays à l'ONU et à cet homme qui m'avait téléphoné tout à l'heure. Je souhaitais qu'ils aient pu être présents, peut-être auraient-ils compris, eux aussi. » p.44

- «Personne n'avait annoncé que l'hôpital était ouvert mais le fait de voir des personnes en blouse blanche circuler dans la cour avait aussitôt amené les gens à penser qu'ils pouvaient y aller; ainsi, le centre fonctionnait déjà. Les patients affluèrent de partout et commencèrent à faire la queue, s'asseyant sur des planches qui restaient des travaux à l'entrée. Beaucoup vinrent avec des victuailles et ils se trouvent que, bien plus tard, dans cette salle d'attente à ciel ouvert, il y aurait une allée ornée de grands avocatiers. Une superbe végétation que nous n'avions pas envisagée, et encore moins plantée. Elle a poussé à partir des noyaux jetés par celles et ceux qui attendaient leur tour... » p.272

110945726_o

 

Source de l'image:
- http://www.makemusicmatter.org/tag/panzi-hospital

dentelle


Commentaires sur Plaidoyer pour la vie

    Je viens de terminer un roman d'un auteur congolais, Emmanuel Dongala, (Photo de groupe autour du fleuve) qui traite aussi de la condition féminine en Afrique, entre autres questions, et bien que ce soit romancé et raconté avec une certaine légèreté de ton et un peu d'humour, j'ai eu quelques moments "grimaces". J'imagine que cette lecture a dû être assez dure. Je le sens rien qu'aux extraits.

    Posté par A_girl_from_eart, 09 avril 2017 à 13:07 | | Répondre
    • Je pense que la réalité doit être atroce mais l'auteur essayait de ne pas citer trop de cas afin de choquer.
      Il est heureux de voir que certains dénoncent cette situation atroce.

      Posté par GeishaNellie, 09 avril 2017 à 20:06 | | Répondre
Nouveau commentaire