15 septembre 2017

Récits de table d'ici et d'ailleurs

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Lysiane Gagnon

Les éditions La Presse

2014

236 pages

 

 

 

«Dans Récits de table, d'ici et d'ailleurs, l'auteure passionnée de voyages évoque ses expériences gourmandes, notamment en France, au Japon, en Italie et au Vietnam; l'épicurienne raconte des repas mémorables, comme ceux pris avec René Lévesque et Pierre Elliott Trudeau; et la journaliste réfléchit aux sujets les plus variés, des rites immémoriaux d'un festin chinois au culte actuel du foodisme, en passant par les rapports de couple dans la cuisine, l'évolution de la critique gastronomique et la popularité grandissante des chefs.»  dos de couverture

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Lu il y a un bout. S'il y a quelque chose que j'aime plus que feuilleter un livre de recettes ou que j'aime autant que de cuisiner, c'est bien lire un roman ou une BD qui parle de nourriture. Je ne sais pas comment vous expliquer le plaisir que je ressens à lire des histoires qui me racontent des plats, des saveurs, des odeurs ou simplement la fraîcheur d'un ingrédient, la profusion d'un étal de marché, la coupe d'une carcasse (OK non pour celle-là je ne suis pas sûre). Bref, j'aime la cuisine en littérature sous tous ses aspects. Vous comprendrez donc que lorsque je fais un tour à la Librairie Gourmande du marché Jean-Talon je suis au paradis. Cela est encore mieux quand je fais un tour dans la section rabais et que j'y découvre des petits bijoux à bas prix comme celui-ci.

Récits de table, d'ici et d'ailleurs est un recueil de différents textes de la journaliste Lysiane Gagnon regroupés sous le vaste thème de la nourriture. Ces récits sont à lire en ordre ou en désordre, à votre guise. L'autrice étudie pour nous, parfois statistiques à l'appui, l'évolution de la cuisine au Québec et ailleurs. Ses connaissances ratissent large que ce soit dans les modes gastronomiques, les vins, la cuisine japonaise ou l'évolution et les influences de la table de chez nous. Elle nous raconte aussi plusieurs moments marquants de sa carrière de journaliste, dont son repas avec René Lévesque. Je me permets aussi de mentionner qu'elle a malheureusement déboulonné quelque peu l'image que je me faisais de ce grand homme.  

J'aurais tellement aimé écrire sur ce livre peu après sa lecture. Ma mémoire est émoussée maintenant et tout ce qui me vient à l'esprit lorsque je songe à Récits de table c'est à quel point je l'ai apprécié. C'est la première fois que je lisais la plume d'un journaliste avec plaisir. Dans ce recueil de courts textes, Lysiane Gagnon ne fait pas que nous relater différents moments de sa vie, mais utilise plutôt ses nombreuses connaissances pour nous faire comprendre l'évolution de la gastronomie, pour nous expliquer ses points de vue sur tel ou tel sujet. Si mon attention a faibli sur certains thèmes dont le déclin des anciennes vignes du Languedoc-Roussillon ou bien l'explication de la High Table dans les collèges de Cambridge, cela n'a en rien ralenti ma lecture, d'où le génie pour moi de ces petits textes tout indépendants.

Dire que j'ai apprécié ce livre serait un euphémisme. J'ai véritablement adoré mon expérience de lecture et assurément, je me lancerais demain matin dans un autre livre de cette autrice! Lysiane Gagnon aura su avec brio me réconcilier avec l'écriture des journalistes.

Extraits:

- «J'avais mis la poutine - cette effroyable faute de goût, cette ode au mauvais cholestérol! - sur le compte de la pénurie... Comment aurais-je pu croire qu'un jour la gastronomie québécoise serait définie par ce plat-là, et qu'un restaurant branché comme le Pied de Cochon aurait mis à son menu une poutine recouverte de foie gras et arrosée de fond de veau, ce qui ajoute l'insulte à l'injure!» p.19

- «La vérité, c'est qu'il y a dans le plaisir que l'on prend à déguster un plat une bonne part de subjectivité... C'est le syndrome de la tourtière de grand-maman, qui serait, si l'on en croit le souvenir ému qui flotte dans les familles, la meilleure tourtière au monde. C'est faux, bien sûr. Les papilles ne donnent pas toujours l'heure juste, car le goût est aussi une affaire de sentiments et de nostalgie. Comme l'amour, c'est une affaire qui commence dans la tête avant de stimuler les sens.» p.29-30

- «Les choses se sont compliquées lorsque la révolution féministe a invité les hommes à partager les tâches domestiques. Or (et qui pourrait les blâmer?), la seule tâche dite féminine qui allait les attirer a été la cuisine. Qui donc se passionne pour le balayage et l'époussetage?
Peu à peu, les hommes le moindrement branchés allaient trouver plaisir et fierté à se charger des tâches culinaires... à l'occasion, dans des dîners spéciaux qui faisaient figure d'exploit. Monsieur réalisait un plat-vedette et s'attirait les compliments ébahis et les hourras des invités... pendant que Madame, dépitée, songeait aux multiples repas qu'elle avait préparés et qui étaient passés inaperçus.» p.100

- «Tous les chefs le moindrement connus ont publié leur livre de recettes, envahissant le monde déprimé de la librairie... qu'ils contribuent à maintenir à flot. En cette ère où on lit de moins en moins, ils occupent la place de choix sur les présentoirs, et leurs livres sont parmi les best-sellers. Ils se vendent davantage que les meilleurs romans. Le client qui chipotera devant un essai de 28 dollars dépensera allègrement le triple, voire davantage, pour un luxueux livre de cuisine magnifiquement illustré.
Dans cette époque désenchantée, où l'écrit a disparu au profit de l'image et où la politique n'offre plus d'espoir, ce sont les chefs qui nous offrent du rêve...» p.199

 

 

Posté par GeishaNellie à 00:00 - Littérature québécoise - Commentaires [0] - Permalien [#]
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