13 février 2009
Assèze l'Africaine
Éditions Albin Michel
1994
348 pages
Assèze-Christine est une petite Camerounaise née dans un village très pauvre d'une femme ne s'étant jamais mariée à une époque où vivre sans homme est plus que difficile, voir presque impossible. Voilà que débarque Awono l'ancien ex-fiancé de sa mère devenu richissime, celui-ci demande à la femme de lui laisser sa fille unique enfin qu'il l'amène auprès de sa propre fille devenu une incroyable chipie, espérant désespérément qu'elle lui apprenne à être plus raisonnable. Dès la première rencontre avec Sorraya, la seule enfant d'Awono, l'on sait immédiatement qu'Assèze ne saura rien lui apporter, mais que bien au contraire, la jeune fille deviendra une vraie martyre. Constamment torturée psychologiquement par Sorraya, une haine immense naît en Assèze et autant elle aime le père, autant elle ne supporte pas la fille.
Dès le début du livre, nous savons qu'Assèze se sent coupable de la mort de Sorraya, mais dans un pays aussi bouleversé on se demande à plusieurs reprises alors que l'on tourne les pages : quand ? comment ? Mais la vérité ne nous apparaîtra qu'à la toute fin et ce que ce livre nous dévoile se sont les tourments de cette jeune Assèze, véritable miroir de son pays en décrépitude souffrant de la pauvreté, de la révolution et de la maladie.
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Si au tout début ma lecture m'a parut quelque peut inintéressante, car je ne voyais jusqu'ici rien de bien bien nouveau dans ce roman où l'on parle de la misère africaine (mais je suis une barbare, moi !) et de la
blanchisation des noirs (désolé pour ce mot inventé (en fait, je crois qu'il l'est) mais vous comprenez ce que je veux dire) afin d'atteindre un meilleur statut de vie. Mais cela a bien changé lorsque notre très chère Assèze débarque en France, car elle y amène avec elle son bout d'Afrique, sa nostalgie de son pays, ses rêves devenant bientôt des désillusions et où elle découvre une tout autre misère. Tout cela a sut me captivé et j'ai sursauté avec notre héroïne en voyant à quel point son destin était tracé d'avance car toutes ces personnes qu'elle quitte lui revienne de façon inattendu. J'ai aussi pleuré et hurlé de rage en voyant que là où la vie lui avait permis de se sortir de mauvaise relation en Afrique, elle le lui faisait revivre avec milles tourments en France.
Ce que ce roman m'a montré, c'est qu'il n'y a pas de paradis pour ceux qui quittent leur pays, pas de terre d'accueil parfaite, car l'on souffre de vivre loin de chez nous même si celui-ci était devenu invivable. Et comment vivre paisiblement loin de notre pays lorsque l'on sait que celui-ci, loin de s'en sortir est en train de dépérir à la vue de tous sans qu'aucun de puisse faire quelque chose. Tout ce qui est maintenant possible de faire, c'est de se retrouver entre personnes de la même nationalité que nous et de se tenir frileusement dans les souvenirs passés communs.
Extrait (plein d'extraits me sont venus, spécialement les passages de mélancolie face à l'Afrique, mais je me suis dit que je vous ferais plutôt lire ces quelques petites lignes plus que touchantes) :
<< Durant cette réclusion, je posai 3 questions au Seigneur :
1) Quand mon peuple cessera-t-il d'avoir faim ?
Un siècle après ta mort, ma fille, me répondit-Il.
2) Quand cessera-t-il de crever de maladies ?
Deux siècles après ta mort, ma fille.
3) Quand cessera-t-il d'avoir honte ?
Et Dieu pleura. >> p.287
Autres livres de l'auteur :
- L'homme qui m'offrait le ciel (2007)
- Femme nue femme noire (2003)
- Comment cuisiner son mari à l'africaine (2000)
- Maman a un amant (1993)
- Tu t'appelleras Tanga (1988)
Voir ces deux sites pour plus d'informations sur l'auteure :
- http://aflit.arts.uwa.edu.auaflit.arts.uwa.edu.au/BeyalaCalixthe.htmlBeyalaCalixthe.html (bon site pour les romans)
- http://calixthe.beyala.free.frcalixthe.beyala.free.fr/ (site de l'auteure elle-même)
31 octobre 2006
La fosse aux serpents
Albin Michel
377 pages
Ce dernier roman de Moses Isegawa n’est pas l’histoire d’un seul personnage narrateur, mais bien d’une multitudes de narrateurs, autant les tyrans que les tyrannisés. Le Général Bazooka, Bat, Babit, Victoria, le Maréchal Amin et le Colonel Ashes ont en commun d’être tous des personnages qui vont au fil du roman de Moses Isegawa se partager le titre de narrateur et ils existent au cœur d’un pays tumultueux où aucune paix ne semble vouloir s’installer, un pays contenant des richesses incroyables que personne ne peut saisir avant d’y perdre la vie.
Tous vivront les affres de la guerre d’une façon ou d’une autre ; Amin, dictateur régnant sur le pays est obsédé par l’idée d’un complot contre lui ; Bazooka, puissant, craint de toutes pars de se voir contré par Ashes, un blanc qui vient de débarquer au pays, dès lors une haine incroyable s’installe entre les deux qui fera naître en lui, tout comme son chef Amin, une obsession qui le poursuivra ; Bat et Babit passeront au travers de nombreuses épreuves jusqu’à ce qu’ils ne soient plus question de survivre à deux ; Victoria, amoureuse folle de Bat, désire changer de vie, elle qui avait été engagé par Bazooka pour faire tomber Bat, veut maintenant être à ses côtés, mais Babit étant à sa place, elle va la tyrannisé jusqu’à l’extrême …
Commentaires 



La guerre, voilà tout ce que semble connaître l’Ouganda, voilà ce qui semble faire palpiter de rage et de désespoir l’auteur de La fosse aux serpents et ce qui le pousse continuellement à écrire. En fait, c’est un pays de contradiction, de beauté et d’horreur, c’est ce que l’on retrouve même au sein des gens qui l’habitent. Ainsi, aucun méchant ne l’est totalement, ni Bazooka ni Ashes et encore moins Amin, ce dictateur capable de sauver la vie d’un pêcheur qui va se nous, mais aussi de donner la mort à des milliers de civiles innocents car au travers de toute la haine qui nourrir les combats, il y a un amour profond qui bien souvent ne peut naître que grâce aux femmes qui entourent ces hommes puissants.
Mais aucun doute n’est possible, entre l’idée de la fosse aux serpents et de cet abysse qui s’étend sur plusieurs générations que nous a fait partager Moses (voir Les chroniques abyssiniennes), il faut y voir là tout ce qu’est devenu le pays natal de l’auteur. Malheureusement, suivant un grand chef-d’œuvre, La fosse aux serpents n’en possède pas toutes les qualités, car après s’être intéressé à la souffrance du peuple prit entre les feux croisés, il nous raconte celle de ceux qui les allume et pour les faire chuter, il semble qu’ils doivent être eux-mêmes l’instigateur de leur malheur. Si l’on retrouve une certaine profondeur dans les personnages qui étonne au début l’on ne peut se plaire autant dans cette histoire que dans celle de Les chroniques abyssiniennes qui l’avait précédée et cela même si l’auteur essaie de mettre une part d’amour dans le cœur haineux de tous les hommes.
Extrait :
<< Il avait l'impression que cet homme-là était habité par un désir de mort ou quelque autre difficulté dans son rapport avec la vie. >> p.52
Autre livre de l'auteur :
- Chroniques abysiniennes (1998)
28 octobre 2006
Les chroniques abyssiniennes
Albin Michel
694 pages
Les chroniques abyssiniennes est le premier roman de l’auteur ougandais Moses Isegawa, cela raconte la vie d’un jeune africain Mugezi. Très loin de notre cher Amérique du Nord, l’Ouganda est un pays qui est ravagé par la guerre et les incessants changements de gouvernement et alors même que la plupart des habitants ont de la misère à survivre aux massacres, à la corruption et à la misère, Mugezi doit aussi vivre le déplaisir d’une mère appelée par certaine << celle qui frappe sur ses enfants comme s’ils étaient des tambours >>, c’est tout dire ! Mugezi est toutefois un garçon résistant qui saura utilisé les talents que lui a offert la nature, il est en fait à l’image même de sa famille et de tous les Ougandais : il est ambitieux et rusé. Malgré plusieurs évènements qui le bouleverseront, Mugezi a non seulement ses rêves bien ancrés en lui, mais il a aussi la force et le désir de les réaliser, il ne se laissera jamais abattre et là où nous tomberions accablés de la plus forte dépression, lui continue. Ce roman est donc une ode à l’amour de la vie et à la force que l’être humain possède afin de survivre.
Commentaires 
Il s’agit d’un livre qui vaut son pesant d’or ça je vous le dit ! Si je n’ai fait qu’effleurer un tout petit peu l’histoire qui se déroule dans le livre c’est qu’il s’agit de l’histoire de toute une vie et je ne crois pas que cela puisse se résumer, mais si vous trouvez que ce que j’en ai dit est un peu maigre et que cela ne vous donne pas l’eau à la bouche, ne rejetez surtout pas le livre !! Aller sur d’autres sites, faîtes n’importe quoi pour vous convaincre de le lire, mais lisez le bordel !!
Tous ces massacres, toutes les horreurs que nous décrit Isegawa ne sont pas seulement sujet à nous dépayser, mais aussi à nous questionner sur la nature même de l’être humain et l’auteur nous assure que si la corruption existe dans les pays d’Afrique, elle n’est pas absente dans ceux de l’Europe. Il est tellement bouleversant de voir tous les bains de sang que l’Ouganda a dut vivre et alors même qu’un gouvernement s’est semble-t-il installé afin de stabiliser l’économie et de faire cesser toute l’insécurité qui règne dans le pays, la nature n’en a pas fini avec les Africains, voilà une épidémie de SIDA qui apparaît. Donc, si après la lecture de ce roman vous ne vous sentez pas un tout petit peu coupable de baigner dans votre luxe et de vous foutre des autres pays, ben vous n’êtes pas normal, je ne pense pas que l’on puisse finir ce livre sans se questionner un peu. Quoiqu’il en soit, qu’importe ce que je puis dire rien ne pourra vous décrire l’exquis talent de cet auteur, il écrit véritablement très bien et heureusement, depuis 2003 il a écrit un nouveau livre, il est à prévoir que je le lise bientôt.
Autres livres de l'auteur :
- La fosse aux serpents (1999)


































