La course à l'abîme
Grasset
789 pages
Ce livre porte magnifiquement son nom, car il relate la vie du peintre Le Caravage qui n’a eu de cesse durant son existence de défier les lois des hommes afin de se précipiter vers la déchéance. De peintre fort apprécié de l’église par son talent et sa créativité, il a fini déchu de tous, poursuivit par les sbires d’un grand seigneur et condamné à mort par deux fois. Pourtant, ce Michelangelo Merisi était un homme plus que talentueux, par son désir de trancher avec l’académisme et d’innover il a fait faire un bond prodigieux à la peinture, mais à l’époque où le Pape gouverne l’art, seule la tradition est acceptée.
Les riches de ce monde ne désirent qu’un rappel des créations grecques et romaines de l’Antiquité, alors que Le Caravage en a horreur, mais certains verront l’inestimable richesse qu’il possède et le prendront sous leur protection. Malheureusement, Michelangelo ne supporte pas non plus l’idée d’être au service des hommes influents, car il croit que c’est seulement sous le danger et l’instabilité que son art peut s’épanouir. Est-ce pour cette raison que soudainement il s’entiche de ce Gregorio, amant excellent certes, mais qui ne fera que l’aider à mener sa carrière à la destruction ? En bref, Le Caravage ne rêve que de précarité et il ne supporte pas de se voir dans les bonnes grâces des grands dignitaires de la foi et pourtant, il aura beau jouer des pieds et des mains, ils en restera toujours pour apprécier son travail et désirer le protéger de cet abîme vers lequel il court.
Commentaires 



Pour les amoureux de la peinture, pour ceux qui comme moi, cultivent autant la passion de la littérature que celle de l’art visuel, c’est assurément un roman pour vous ! C’est 789 pages passent comme l’éclair car chaque ligne n’est qu’un titillement de notre talent et de notre désir de créer. L’auteur nous porte à une sensibilité extrême de cet art et il n’a de cesse de nous faire goûter chacune des nuances de couleur des tableaux de ce peintre, de nous décrire toute la lascivité des poses des modèles et de nous faire comprendre ce double-sens que l’on trouvait dans les créations du Caravage. En bref, on ne peut pas douter du fait que Dominique Fernandez est un amoureux de la peinture.
Toutefois, une chose me triturait les méninges, Le Caravage ne signait aucun de ses tableaux (sauf exception) et il n’a laissé aucune notice sur son art et pourtant ce livre est très détaillé, nous connaissons dans l’ordre toutes ses créations, qui les a commandés, à quel moment de la vie du peintre, qui a été le modèle, quel était les sentiments du créateur et même où il se fournissait les accessoires mis dans les décors. Donc, comment peut-on en savoir autant sur quelqu’un qui semble-t-il s’est montré si peu enclin à révéler les détails de sa vie ? Il faudrait sûrement le demander à l’auteur lui-même.
De plus, ce roman est une véritable biographie, non pas seulement qu’il relate la vie de quelqu’un qui a déjà existé, mais surtout par le style de l’auteur qui appauvrit quelque peu l’œuvre. Dès le début, il nous lance les émotions et les pensées du Caravage d’une façon si froide que l’on sent véritablement qu’il s’agit de faits historiques connus. De plus, il passe son temps a nous faire des clins d’œil au futur du peintre, en nous indiquant ce qui est important à se rappeler, à ce qui jouera un rôle dans quelques temps et cela fait quelque peu décrocher de l’histoire. Voilà donc pourquoi je n’aime pas les biographies, mais tout de même ce livre je l’ai bien aimé car il sait tellement bien nous inspiré à créer, il te donne le goût de devenir un Caravage et de bouleverser le monde.
Autres livres de l'auteur :
- L'art de raconter (2007)
- Sentiment indien (2005)
- La perle et le croissant (1995)
- Le rapt de Ganymède (1989) Prix Méditerranée
- La gloire du paria (1987)
- Dans la main de l'ange (1982) Prix Goncourt
- Porporino ou les mystères de Naples (1974) Prix Médicis
- etc.
