Colonies parallèles
Nicolas Bouchard
Encrage
1999
167 pages
Dans un futur proche, notre terre est devenue tellement surpeuplée et polluée que la vie y est carrément impossible. Toutefois, grâce à une découverte faite par le gouvernement, les plus riches d’entre-nous peuvent aller vivre dans des univers parallèles en passant par la Grande Porte. Seul les familles en possession de brevets qui leur permette de concurrencer nos multinationales d’aujourd’hui peuvent se permettre cela. En échange d’un loyer, ces compagnies peuvent s’établir en tant que colons sur ces mondes à différents stades de l’évolution.
Marie-Aïno fait partie de l’une de ces familles, elle est la seule enfant du chef de la parentèle Svinkoïnen, donc sa successeuse légale. L’histoire débute lorsque cette famille quitte leur colonie du Dévonien pour un autre monde, l’empire sumérien. Il s’agira de la première famille à côtoyer des populations locales. Malheureusement, tout ne se passera pas tel que prévu.
Je suis tombée sur ce livre alors que la Grande Bibliothèque Nationale faisait un élagage de quelques livres, sûrement n’avait-elle pas réussie à les liquider tous lors de la journée dont je vous parlais ici. Comme j’avais le goût de me lancer dans un livre de sf, petite friandise que je ne me suis pas permise depuis longtemps, j’ai tout de suite ouvert le roman. Je dois avouer que si je m’attendais à un jeune auteur avec une écriture maladroite, j’avais complètement tord. Premièrement, il s’agit du troisième livre de cet auteur, donc pas un débutant et de plus, je n’ai rien à redire à l’écriture de celui-ci qui coulait parfaitement sur les pages.
La force de cet auteur est de créer «des systèmes économiques complexes» ce qui rend l’histoire beaucoup plus tangible. Ne vous étonnez pas, l’argent et les contrats règnent en maîtres dans ce livre ! J’ai vraiment été intéressé de voir tous ces marchandages, ces mensonges, ces magouilles afin d’obtenir le plus d’argent possible. Mais surtout j’ai bien aimé lire sur le système public qui doit offrir un service à des milliards de personnes sans plus aucune ressource et qui est surendetté vs le système privé qui possède le brevet de toutes les découvertes qui font tourner le monde, qui ramasse l’argent à flot et qui n’en donne pas un centime à personne. Même si nous ne sommes pas encore dans la même situation, j’ai mieux compris les difficultés du gouvernement. Dans ce récit, le gouvernement ne périclite pas sous les dettes grâce à la découverte de la Grande Porte qui leur permet de faire payer au maximum les entreprises pour qu’elles puissent fuir Terra1 qui n’est pas très agréable à vivre. Mais dès le départ il y a un hic que le lecteur percevra immédiatement : ils ne savent rien de ces portes, ils ont supputés, sans plus, qu’ils s’agissaient de monde parallèles. Bien entendu, ça ne pouvait pas être aussi simple et tout cela finira par leur exploser en plein visage.
Même si j’ai beaucoup aimé ma lecture j’ai noté quelques petites choses
qui me tapaient sur les nerfs. Premièrement, notre personnage principal est une enfant de dix ans et pourtant, elle pense exactement comme une adulte. Bien vite, elle supplante les membres de sa famille dans l’apprentissage du sumérien, puis elle va même jusqu’à être capable de rendre la justice en présidant le «tribunal» sumérien. Elle a plus de tête que tous, alors même qu’elle n’a jamais vécu en société, seulement parmi sa famille dans son Dévonien originel. De plus, j’ignore comment elle fait, mais il lui suffit de parler une ou deux fois avec quelqu’un (autre qu’un membre de sa famille, car ceux-ci l’exècre puisqu’elle est l’héritière) avant de le séduire complètement, ainsi elle devient «l’amie» d’une secrétaire du Bureau des Affaires Coloniales qui se pavane presque tout nue, qui met des moteurs anti gravité sous ses seins et qui se laissent baiser par son patron. Huum, un peu étrange. Et pourtant, Marie-Aïno fait des erreurs d’enfant, elle parle quand il ne le faut pas et ne parle pas quand il le faudrait. Mais outre ça elle est parfaite. En fait presque, car à la fin on découvre ce qui adviendra d’elle et je peux vous dire que c’est quelque chose ! Ça déboussole !
J’averti tout de suite, ce livre peut choquer, car cet empire sumérien a une religion très sexuée. Tout tourne autour de la fécondité, si bien que les Rois et Reines deviennent les images des Dieux vivants et doivent faire l’amour sans cesse afin d’être l’exemple parfait de la fécondité. Les cérémonies qui se déroulent dans les temples sont de véritables orgies. Remarquez que les gens de Terra1 sont tout aussi obsédés par le sexe. Malgré tout, l’auteur reste dans le bon goût, car si l’on sait se qui se déroule autour, aucune scène n’est explicite décrite, tout est à mots couverts ce qui permet au lecteur de ne pas se lasser. Jusqu’ici vous devez vous demander qu’est-ce qu’il y a de si choquant. C’est simplement de plonger une enfant de dix ans dans ce monde et de le lui faire vivre aux premières loges ! Ceux qui l’auront lu me comprendrons.
Finalement, je sors de ma lecture vraiment satisfaite, il s’agissait d’un très bon livre de science-fiction et qui valait bien plus que le 1$ que j’ai payé ! Je me promet de lire autre chose de cet auteur.
